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L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

On ne peut pas dire que le réalisateur Antoine Boutet, 55 ans, galvaude sa présence sur les écrans. Les deux fois où il s’y aventura furent toutefois suffisantes pour prendre la mesure de sa voix très singulière dans le paysage du documentaire français. La première en 2010 avec Le Plein Pays, aux aguets d’un anachorète et artiste brut des forêts du Lot. La deuxième en 2014 avec Sud Eau Nord Déplacer, dans lequel il dynamite façon puzzle le plus grand chantier hydraulique du monde qui consiste à drainer les eaux du sud vers le nord aride de la Chine.

Lire l’entretien avec Antoine Boutet (en 2015) : Article réservé à nos abonnés « Ne pas chercher à tout comprendre dès le départ »

Retour en France, près de chez lui en fait, à Bordeaux, au chevet du quartier en devenir de Brazza, l’un des multiples maillons du chantier d’urbanisation des 7 600 hectares de friches industrielles de la ville. Ecrivant cela, voilà déjà qu’on trahit le documentaire. En le regardant, on ne saura rien, en effet, des enjeux politiques et urbanistiques de ce gigantesque chantier, qui sacrifie à la nouvelle donne de l’urbanisme négocié entre initiative privée et administration publique, en laquelle d’aucuns voient « une caricature de la ville libérale ».

On pourrait, sans doute, reprocher au film de nous priver de ce point de vue documenté, qui nous aide comme spectateur à mieux comprendre la situation, si son enjeu n’était visiblement ailleurs. Moins à documenter qu’à évoquer, moins à juger qu’à voir, moins à comprendre qu’à faire ressentir. Comme dans tous les films de Boutet, on est ici davantage dans l’essai poétique – ce qui n’invalide pas au passage sa portée proprement politique – que dans le documentaire classique. Il se sera donc agi de filmer, sur de longues années, la transformation d’un vaste terrain vague en quartier d’habitation ultramoderne.

Lugubre tristesse

Une esthétique volatile du fragment y préside, lestée par une composition sonore et musicale concrète. Panneaux publicitaires de la ville où il fera bon vivre flottant au grand vent de l’incertitude. Icônes des familles heureuses sur fond de pelouses vertes, ravagées quand le cadre s’élargit avec le tintamarre d’une route passante. Fragiles vestiges de la véritable nature perdus dans la boue des chantiers. SDF s’inquiétant dans un abri de tôle de leur avenir. Roms chassés sans tambour ni trompette, en même temps que le cinéaste. Conférence de presse à la mairie. Ediles autour d’une maquette. Discours de l’architecte en nécromancien : « C’est un quartier qui va fonctionner avec le temps, il faut de la patience. J’y crois… »

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