L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi suscite deux types d’annonce. Les unes prédisent des pertes massives d’emploi. Les autres notent, au contraire, que l’IA « ne détruit pas l’emploi mais le redéfinit » (AI Jobs Barometer 2025, PwC). Que ces études soient prospectives ou qu’elles prolongent de premiers constats, elles n’évitent pas une large part de spéculation. En revanche, elles révèlent les inconnus et les défis difficiles qu’affrontent les producteurs d’IA.
La méthode prospective repose sur la quantification des emplois « exposés à l’IA », c’est-à-dire susceptibles d’être, au moins en partie, remplacés par une IA. Une fois exclus les métiers manuels difficilement « robotisables », reste alors le continent des travaux intellectuels qui va du développeur de codes informatiques au traducteur, en passant par tous les métiers d’études, de conception, de documentation, etc. Et, comme les emplois de cols blancs ont le plus augmenté dans les dernières décennies, on arrive aisément à des millions d’emplois menacés.
Mais les limites de la méthode sont bien connues : à la fin des années 1980, elle aurait aussi prédit des destructions massives d’emploi avec l’arrivée de l’ordinateur personnel ! D’autres approches préfèrent s’appuyer sur les premiers effets visibles, comme une baisse du recrutement des jeunes ou les licenciements justifiés par les apports de l’IA. Cependant, ces choix seront-ils gagnants ? Il y a peu, le travail à distance était limité par ceux qui l’avaient le plus défendu.
Alors à quoi servent ces prévisions ? Certes, elles invitent les pouvoirs publics ou les formateurs à anticiper la demande de compétences en IA. Mais elles soulignent surtout les défis qu’affrontent les producteurs d’IA.
Le credo de la destruction créatrice
Premier défi : justifier l’énorme capital consenti dans les entreprises d’IA. Or, annoncer des impacts substantiels sur l’emploi laisse espérer que les entreprises paieront volontiers des services d’IA devenus indispensables à leur activité ! Si, au contraire, l’IA ne supprimait pas globalement d’emplois, il faudrait alors démontrer – deuxième défi – que celle-ci contribue à la fois à chaque entreprise utilisatrice, et au développement général.
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