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Franchir le terminal de Rafah, seule porte de sortie de l’enfer de Gaza, est devenu un business lucratif pour les profiteurs de guerre. Contre plusieurs milliers de dollars, des courtiers indépendants et des agences de voyages ayant pignon sur rue proposent aux Gazaouis d’acheter un permis de passage vers l’Egypte. Alors que l’armée israélienne resserre son étau sur le sud de l’enclave, après plus de cent jours de guerre qui ont coûté la vie à plus de 25 000 Palestiniens, ils sont de plus en plus nombreux, même parmi ceux qui pourraient bénéficier du mécanisme d’évacuation mis en place, en novembre 2023, pour les ressortissants étrangers et les blessés palestiniens, à réunir des sommes exorbitantes pour quitter Gaza.

Selon une enquête réalisée par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) et le média indépendant en ligne égyptien Saheeh Masr, des intermédiaires vendent ce précieux sésame entre 4 500 et 10 000 dollars (entre 4 100 et 9 200 euros) aux Palestiniens, et entre 650 et 1 200 dollars aux ressortissants égyptiens. Des courtiers indépendants, aux références parfois douteuses, se sont lancés dans cette entreprise très rentable. L’un des prestataires les plus recommandés parmi les Gazaouis est l’agence de voyages égyptienne Hala Consulting & Tourism, fondée par Ibrahim El-Argani, un homme d’affaires du Sinaï lié aux renseignements généraux égyptiens.

Les enquêteurs de l’OCCRP et de Saheeh Masr ont contacté quinze Palestiniens et Egyptiens qui ont eu recours à ces intermédiaires. Seuls deux d’entre eux ont pu quitter la bande de Gaza, en payant chacun 4 500 dollars. Trois autres ont été arnaqués par des courtiers et ont perdu leur argent. D’autres encore cherchent à réunir la somme requise en vendant leur or ou des effets personnels, en empruntant à des proches ou en sollicitant un financement participatif en ligne. C’est le cas de Rasha Ibrahim, à qui un intermédiaire a réclamé plus de 40 000 dollars pour la sortir de la bande de Gaza avec son mari et leurs trois enfants.

Allégations de corruption

« Nous ne pouvons pas nous le permettre », a confié cette Egyptienne de 31 ans, réfugiée sous une tente, dans le centre de l’enclave, depuis que sa maison près la ville de Gaza a été détruite par les bombardements israéliens. Elle pensait que son passeport égyptien lui ouvrirait les portes de Rafah à elle, mais aussi à son mari et à ses enfants, qui ont la nationalité palestinienne. Elle n’a toujours pas obtenu de réponse à la demande de rapatriement qu’elle a remplie sur le portail en ligne ouvert par les autorités égyptiennes, début décembre 2023.

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