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Le lieutenant-colonel d’une unité de combat, de retour du front de Bakhmout, résume les termes du débat d’une constatation lapidaire : « Les gaz, c’est la terreur. »

Le sujet n’est pas véritablement un secret militaire, ni complètement un tabou, mais il est rarement évoqué par le pouvoir de Kiev : l’armée russe utilise de plus en plus souvent des gaz de combat, interdits par les lois de la guerre et les conventions internationales, sur les champs de bataille ukrainiens.

Dmytro Klymenko commande un bataillon de soutien, baptisé « Skelya » (Rocher), de la 1brigade spéciale Ivan Bohun, et est à ce titre responsable de son unité NRBC (nucléaire, radiologique, biologique ou chimique). Comme beaucoup d’officiers des forces de soutien et des forces médicales de l’armée ukrainienne, le lieutenant-colonel décrit une situation qui empire au fil des mois. « Il y a une nette recrudescence de l’utilisation des gaz depuis octobre [2023]. Ça a commencé avec des grenades lâchées par des drones, et maintenant, c’est aussi avec l’artillerie. Auparavant c’était uniquement contre des endroits clos, tels qu’une position dans une tranchée ou un blindé, et maintenant c’est aussi en terrain découvert, avec des obus spéciaux qui explosent en l’air, au-dessus des troupes, et libèrent des gaz. »

Dmytro Klymenko, commandant du bataillon de soutien « Skelya », de la 1e brigade spéciale Ivan Bohun, dans la Région de Jytomyr, en Ukraine, le 18 janvier 2024.

Le lieutenant-colonel Klymenko affirme avoir dû secourir « beaucoup de blessés » et avoir eu « un mort » à cause des gaz. « Le mort était en fait un gars déjà blessé par des éclats d’obus, mais comme nous n’avons pas pu l’évacuer avant plusieurs heures, il a été asphyxié par des gaz dans la tranchée. »

L’objectif de l’utilisation des gaz est double : d’une part, forcer des combattants à sortir d’une position fortifiée pour les tuer ensuite avec l’artillerie ou des drones kamikazes ; d’autre part, mettre un maximum d’hommes hors de combat, chaque blessé, s’il ne peut plus marcher seul, devant être évacué par quatre camarades, ce qui permet de conquérir plus aisément une position.

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Le centre d’analyse NRBC du commandement des forces de soutien de l’armée ukrainienne accepte de divulguer certaines informations. Depuis l’invasion russe du 24 février 2022, « 626 attaques au gaz » ont été répertoriées et « beaucoup d’autres » sont soumises à des enquêtes, selon le capitaine Dmytro Serhiyenko, l’assistant du commandant. Parmi les produits chimiques employés, il ne confirme que l’utilisation de gaz CS, affirmant que d’autres cas d’attaques chimiques sont encore soumis à des analyses.

Le CS interdit sur un champ de bataille

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