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Malgré l’interdiction de la manifestation et l’intervention des forces de l’ordre vendredi, la militante écologiste Greta Thunberg s’est jointe, samedi 10 février, dans le Tarn, sous une pluie battante, à un rassemblement d’opposants au projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, qui a été assombri par des affrontements entre zadistes et forces de l’ordre.

« Nous sommes ici en solidarité avec ceux qui résistent à ce projet et à cette folie », a déclaré la jeune activiste suédoise, arrivée à Saïx, à quelques kilomètres à l’ouest de Castres (sud de la France), avec une délégation de militants français et internationaux venus notamment de Belgique, de Suède et d’Espagne.

Imperméable fuchsia, capuche grise et keffieh palestinien autour du cou, elle a dénoncé un projet qui « non seulement va détruire la nature et des terres inestimables, mais va aussi nous enfermer dans un système toxique fondé sur l’exploitation, l’extraction et la pollution ». « Cela doit cesser », a-t-elle ajouté s’exprimant en anglais, avant de dire en français : « Stop A69 ! » Elle a précisé qu’elle serait dimanche dans la région de Bordeaux pour soutenir les opposants à un projet d’exploitation pétrolière.

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Greta Thunberg était venue à Saïx pour participer à un week-end de sensibilisation aux enjeux écologistes baptisé La Cabanade et organisé dans un hangar sur un terrain privé.

Usage massif de gaz lacrymogène

Dans le même temps, à environ 300 à 400 mètres de là, une cinquantaine de policiers ont fait face pendant des heures à des activistes occupant une « ZAD » (zone à défendre) constituée notamment de cabanes construites dans des arbres sur le parcours de la future autoroute, pour tenter d’empêcher la poursuite du chantier.

Les forces de l’ordre, cantonnées sur une route, ont fait un usage massif de gaz lacrymogène mais n’ont pas pu pénétrer dans la ZAD, située sur un terrain privé au-delà d’un champ et d’une voie de chemin de fer. Les activistes s’y réfugiaient, puis en sortaient, renvoyant les bombes lacrymogènes aux policiers et d’autres projectiles à l’aide de raquettes de tennis, selon un photographe de l’Agence France-Presse (AFP).

Des manifestants affrontent des gendarmes dans un nuage de gaz lacrymogène, dans un champ près du campement de la ZAD de Crem’Arbre, lors d’une manifestation contre le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, à Saix, le 10 février 2024.

Greta Thunberg et les autres membres des délégations sont restés dans le hangar pour écouter des prises de paroles et échanger avec les militants. « J’ai grandi à Toulouse. Quand il y a des contestations écologiques en France, j’y vais. On a besoin de faire barrage, on n’a pas le temps d’attendre que notre génération arrive aux manettes », a expliqué Amine Messal, un Français de 25 ans qui se définit comme un « activiste international » et un membre de l’association La Voix est libre, qui a convaincu Greta Thunberg et les autres représentants de venir soutenir les militants du Tarn.

« Risques de troubles majeurs à l’ordre public »

Vendredi, le préfet du Tarn avait annoncé avoir « pris un arrêté d’interdiction de manifestation et de rassemblement » samedi et dimanche à Saïx, évoquant « des risques de troubles majeurs à l’ordre public ». « Le rassemblement sur un domaine privé, avec l’accord du propriétaire, ça, ce n’est pas interdit, chacun peut inviter qui il veut chez lui », ont toutefois précisé samedi à l’AFP les services de la préfecture.

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« Ce qui s’est passé hier [vendredi], c’est qu’il y a eu des opposants violents qui se sont mis en travers de la voie publique avec des barricades, d’où la forte action [des forces de l’ordre] », a précisé à l’AFP une responsable de la préfecture, en confirmant l’interpellation la veille de deux personnes. Sept membres des forces de l’ordre ont été blessés, notamment par des jets de pierre.

Lors d’une manifestation contre le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, à Saix, le 10 février 2024.
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Commission d’enquête parlementaire

Une commission d’enquête parlementaire à l’initiative des députés écologistes démarrera prochainement ses travaux, afin d’explorer le « montage juridique et financier du projet ». Selon ses opposants, ce projet vieux de plusieurs décennies est obsolète, datant d’avant la prise de conscience des changements de comportements rendus nécessaires par le dérèglement climatique.

Ces derniers mois, le mouvement de protestation semblait s’essouffler, alors que « 45 % du budget » du chantier a été engagé et « 95 % du déboisement » effectué, selon la société Atosca, concessionnaire de l’autoroute.

Le gouvernement français est décidé à mener « jusqu’à son terme » cette portion d’autoroute, qui réduirait d’environ vingt minutes le trajet Castres-Toulouse et doit être mise en service en 2025. « Chère Greta Thunberg (…) l’autoroute A69 répond à un besoin vital pour le Tarn et ses habitants », a déclaré vendredi le président du conseil départemental du Tarn, Christophe Ramond.

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Le Monde avec AFP

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