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Dernier vendredi de janvier, la salle polyvalente de Glomel (Côtes-d’Armor), mille trois cent cinquante habitants, est pleine. Sur l’estrade, le maire, Bernard Trubuilt, présente ses vœux pour la première fois : il a été élu en septembre 2023, lors d’élections anticipées déclenchées par une vague de démissions au sein du conseil municipal. Depuis juin 2022, la demande de la multinationale française Imerys d’extension de son site minier divise la communauté.

Le nouveau maire profite des vœux pour donner la parole aux six entreprises installées dans le village breton. Le groupe Imerys y exploite la seule carrière d’andalousite d’Europe depuis 1970. Ce minerai rare, connu pour sa résistance aux chocs thermiques, est utilisé dans la sidérurgie, la fonderie ou la cimenterie. Chaque année, 1,2 million de tonnes sont extraites de la carrière pour une production finale de 65 000 tonnes, soit 25 % de la production mondiale. La mine est cernée d’imposantes buttes grises, formées par l’accumulation des résidus miniers.

La directrice du site de 250 hectares, Christelle Planque, a donc profité de la tribune offerte par le maire pour s’exprimer au sujet de l’extension de la carrière, avec la réalisation d’une quatrième fosse, pour laquelle le nouveau conseil municipal a donné un avis favorable. « Si nous n’obtenons pas cette autorisation [de la part du préfet, notamment], l’activité de la mine devra s’arrêter autour de 2030 », insiste, quelques jours plus tard, le responsable du projet, Thomas Louvet, soulignant que cela entraînerait la suppression des cent vingt emplois de la mine.

Lors de l’enquête publique concernant la quatrième fosse, menée à l’automne 2023, quatre cent vingt-huit observations ont été formulées, contre seulement une douzaine lors de l’enquête de 2018 au sujet de la troisième fosse. Parmi elles, l’avis d’Arnaud et de Sandra, qui ne souhaitent pas que leur nom soit publié, habitant à proximité du site : les nuisances se sont « démultipliées depuis 2018. Les tirs de la carrière font trembler les fenêtres, l’eau des récupérateurs est noire, il y a même une fissure dans l’un des murs de la maison ».

Une pétition contre le projet

« On subit cette mine et son usine depuis cinquante ans, on en a ras le bol », fulmine Jean-Daniel Bourdonnay, attablé avec trois autres opposants dans un bar du bourg. L’apiculteur de 46 ans, qui vit à quelques centaines de mètres de la carrière, fait partie de l’association de riverains Réfrac’Terres, créée à l’été 2022, après l’annonce du projet d’extension. « Ça ne va jamais s’arrêter. Après la fosse 4, on aura la 5 », imagine, en face de lui, Jean-Yves Jego, conseiller municipal d’opposition et éleveur de chèvres à la retraite, à l’origine de l’association environnementale Douar Bev (« terre vivante »). Une pétition contre le projet a déjà recueilli cinq mille six cents signatures.

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