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Histoires Web mercredi, février 21
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Gérard Depardieu et Yann Moix poussent des chariots à bagages dans un aéroport pékinois. L’acteur et l’écrivain cherchent le comptoir d’Air Koryo, la compagnie nord-coréenne. Depardieu a un problème de genou. On l’installe dans un fauteuil roulant. Il a aussi un problème de digestion. « J’ai envoyé des chapelets de gaz, dignes d’un grand Allemand », annonce-t-il, hilare, tandis qu’on le fait rouler jusqu’à l’avion. « Mon petit lapin bleu », lance-t-il à l’hôtesse de l’air qui l’accueille à bord. Il profite du vol pour l’examiner : « Regarde cette petite en collant… Je pourrais la déshabiller tranquillement et la masser un peu. Oh, masser ses petits genoux… »

Ainsi débute un film dont tout le monde parle sans avoir pu le voir. Un long-métrage jamais sorti en salle, mais qui a d’ores et déjà marqué l’histoire du cinéma français d’une drôle de manière, en provoquant la chute d’un de ses acteurs les plus légendaires, révélant au passage les divisions d’un milieu fracturé par la vague #metoo.

En septembre 2018, Yann Moix, écrivain, chroniqueur mais aussi cinéaste, emmène Gérard Depardieu en Corée du Nord. Une équipe de tournage les accompagne. Le régime nord-coréen fête son soixante-dixième anniversaire, l’acteur aussi : le documentaire racontant le voyage de Cyrano de Bergerac chez Kim Jong-un s’appellera donc 70. Pendant cinq ans, le film dort dans les disques durs de son producteur, la société Hikari. Il ne circule qu’auprès de professionnels et de proches de Yann Moix. Une source qui souhaite rester anonyme nous a permis de le visionner.

Le 7 décembre 2023, l’émission « Complément d’enquête » de France 2 a diffusé des extraits des rushs, les images brutes du tournage, dans un sujet signé par Damien Fleurette, Daniele Vella et Emmanuel Baert. On y découvrait que « le monstre sacré du cinéma », selon le cliché en vigueur, était plus monstrueux que sacré dès qu’il croisait des femmes, avec ses blagues obscènes, ses regards envahissants et ses grognements bestiaux. Dans ces images de Corée du Nord, pas d’agressions sexuelles, mais assez d’éléments pour crédibiliser le portrait de l’acteur dressé par les femmes l’accusant de viol et d’agressions sexuelles et pour cristalliser les indignations.

Un lancement compliqué

70 a fait couler beaucoup d’encre depuis la diffusion de l’émission d’investigation de France 2, mais c’est en réalité l’extension d’un projet bien plus vaste. Après avoir eu plusieurs histoires d’amour avec des Françaises d’origine coréenne, l’écrivain et cinéaste, un temps chroniqueur clivant du talk-show de France 2 « On n’est pas couché », a développé une fascination pour la péninsule. Au point de se lancer, au début des années 2010, dans la réalisation de Korea. Ce projet sera le troisième long-métrage de Yann Moix, après Podium (2004), sa comédie à succès sur un sosie de Claude François interprété par Benoît Poelvoorde, et Cinéman (2009), sur un professeur joué par Franck Dubosc ayant le pouvoir de voyager dans des films, un échec commercial et, de l’avis même du cinéaste, un navet.

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