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Florence Jusot est professeure d’économie de la santé à l’université Paris-Dauphine. Avec le Collège des économistes de la santé, elle a participé à l’ouvrage collectif Le Système de santé français aujourd’hui, enjeux et défis (Eska, 2021). Cette spécialiste des dépenses de santé rappelle que les franchises sur les médicaments prescrits, instaurées il y a quinze ans et dont la hausse a été défendue par le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, ce mardi 16 janvier, n’affectent pas de la même façon tous les patients.

Après plusieurs mois de valse-hésitation, Emmanuel Macron vient de se positionner en faveur d’une augmentation des franchises médicales, ces sommes qui, pour chaque boîte de médicament achetée notamment, restent à la charge des patients, et qui pourraient passer de 50 centimes à 1 euro. Etes-vous surprise ?

Pas tant que ça. Les dépenses de santé augmentent, et face à cette tendance, la puissance publique aujourd’hui, exactement comme en 2008 à la création des franchises, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, parle de « responsabiliser » les patients. Ce message me semble toutefois assez ambigu. Il diffuse un soupçon de « surconsommation » de soins. Mais par rapport à quoi ? A une moyenne ? A une norme médicale ? Certains patients consomment certainement des soins inutiles, mais on sait aussi qu’il y a des recours tardifs au système de soins, des mauvais suivis, des renoncements pour raisons financières… Et donc une « sous-consommation ».

La croissance des dépenses de santé n’est pas forcément le signe d’un dysfonctionnement : elle s’explique aussi par le vieillissement de la population et l’innovation thérapeutique. L’enjeu est de trouver de nouvelles sources de financement : là est le défi pour le gouvernement.

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Ces franchises sont-elles propres au système de soins français ?

On en trouve dans beaucoup d’autres pays – la Suisse, les Pays-Bas, les Etats-Unis… Mais les franchises ont, en France, leur spécificité : un montant très petit s’applique à tous les patients – ou presque – et concerne tous les soins reçus : sur les médicaments, donc, mais aussi sur les consultations [qu’on appelle « participations forfaitaires »], sur les transports sanitaires… Ces franchises s’additionnent en fonction des soins reçus. Dans la plupart des pays, le dispositif fonctionne autrement : le patient doit s’acquitter des 150 ou 200 premiers euros de dépenses de santé de l’année qui ne sont pas remboursées, avant d’être couvert pour le reste de ses dépenses annuelles. Un peu comme une franchise automobile, dont le nom a d’ailleurs été repris. L’appellation recouvre, ainsi, des réalités très différentes.

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