
Les moments de communion populaire sont devenus rares aux Etats-Unis. La fracture du pays est si profonde que même le deuil ne rassemble plus. On l’a vu en septembre 2025 au moment de l’assassinat du militant ultraconservateur Charlie Kirk ou de la mort de Renee Good et d’Alex Pretti à Minneapolis (Minnesota) en janvier, tués par des agents du département de la sécurité intérieure. Tout divise. Il reste le Super Bowl. La finale du championnat de football américain est l’événement le plus regardé à la télévision. A la mi-temps, le 8 février, la superstar de Puerto Rico Bad Bunny a assuré le spectacle musical, réussissant une performance colorée et joyeuse, en espagnol, devant près de 130 millions de téléspectateurs. Salutations générales ? Pas au sein de la droite nationaliste.
Donald Trump s’est souvent vanté de savoir s’emparer des sujets politiques « à 80-20 », ceux où une très large majorité se dégage. Pourtant, il a lancé une offensive contre Bad Bunny. A un moment où le président américain perd pied parmi les minorités et les 18-30 ans, il a choisi un repli identitaire et politisé un événement festif. La célébration de la culture latina par Bad Bunny, en pleine controverse sur la traque policière des migrants sans papiers, était un message subliminal. Il a été grossièrement validé par la Maison Blanche.
« Personne ne comprend ce que dit ce gars », a persiflé Donald Trump au sujet du chanteur. Le magnat a parlé d’« affront à la grandeur de l’Amérique » et de « claque au visage » du pays. Etrange affirmation, dans un pays comptant plus de 40 millions de citoyens parlant espagnol. Cette séquence témoigne d’un glissement pour l’administration Trump, à l’épreuve du pouvoir. La cruauté a pris le pas sur l’humour grinçant. La xénophobie sur la caricature.
L’usage des mèmes, des références culturelles masculinistes et des vidéos produites par l’intelligence artificielle reste privilégié sur les réseaux sociaux. Mais il n’y a plus de drôlerie capable de distraire des personnes n’intégrant pas le culte trumpiste. La vidéo raciste montrant Barack et Michelle Obama en singes, relayée sur le compte Truth Social de Donald Trump, a montré la bulle dans laquelle évolue la Maison Blanche. Elle a aussi indiqué un mépris assumé pour la sensibilité de personnes ne partageant ni les mêmes valeurs, ni la même vision restrictive de la nation américaine, blanche et chrétienne. Il a fallu douze heures pour que la vidéo soit retirée. Un siècle sur les réseaux sociaux.
Il vous reste 57.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



