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CANAL+ – À LA DEMANDE – SÉRIE

Olivia de Havilland, sous les traits de Catherine Zeta-Jones, le rappelait au tout début de la série, dans une formule programmatique : « Les querelles n’ont rien à voir avec la haine. Elles ont à voir avec la douleur. » Plus que la rage, c’est la profondeur des blessures que s’infligent les gens qui s’aiment qui intéresse Ryan Murphy, dont la série anthologique Feud est sans doute l’un des projets les plus aboutis.

Lire la critique de la saison 1 : « Feud : Bette and Joan », deux pestes sur un tournage brûlant

Sept ans après avoir filmé l’inimitié notoire entre Bette Davis et Joan Crawford au crépuscule de leur carrière, le showrunneur américain convoque, pour cette deuxième saison, le fantôme de Truman Capote (1924-1984) et des Swans, les « Cygnes », un cercle de femmes de la haute société new-yorkaise dont il fut le confident, avant qu’elles ne se retournent contre lui. Derrière la caméra, Gus Van Sant investit avec élégance un imaginaire a priori éloigné du sien pour rappeler, le temps de six épisodes (sur huit), à quel point il manque au cinéma mondial.

Au milieu des années 1960, Truman Capote est au sommet de sa notoriété. Son roman De sang-froid (1966) rencontre un immense succès public et critique, mais il peine à retrouver l’inspiration et sombre dans un alcoolisme qui fait fuir Jack Dunphy, son compagnon de longue date. Il trouve dans la compagnie d’un groupe de mondaines une distraction à ses soucis, surtout grâce à sa profonde amitié avec l’une d’entre elles, Babe Paley, richissime it-girl dont il s’était inspiré pour son court roman Breakfast at Tiffany’s, paru en 1958. Leur society fait les délices de la rubrique mondaine jusqu’à ce que Capote ne trouve dans ses conversations avec les « Cygnes » matière à un texte particulièrement caustique, publié dans le magazine Esquire en 1975.

Naomi Watts impériale

Cet épisode de la vie de l’écrivain est détaillé dans un livre du biographe américain Laurence Leamer, paru en 2021, sur lequel le scénariste Jon Robin Baitz s’est appuyé. Feud en fournit une interprétation ouvragée et sentimentale, doublée d’une pensée sur les rapports entre fiction et réalité, malicieusement mis en abyme par la résurrection de Capote et des Swans pour les besoins de la série.

Feud interroge la matière de ce qu’on n’appelait pas encore des « influenceuses » en confiant leur interprétation à une volée de stars qui sont autant de faces du cinéma américain. Aux côtés de l’icône indé Chloë Sevigny et de l’ex-muse de la teenage comedy Molly Ringwald, Diane Lane et Calista Flockhart opèrent un fracassant come-back. Dans la peau de Slim Keith, célibataire égocentrique et brutale, et de Lee Radziwill, la sœur cadette de Jackie Kennedy, les deux femmes volent l’écran avec une gourmandise qu’on n’espérait plus.

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