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Le ton est catégorique. « Nous les Baltes, nous n’avons jamais oublié ce dont les Russes sont capables. » Polaire turquoise et manteau kaki, Neeme Brus explique pourquoi, à 66 ans, après une carrière dans le journalisme, puis l’armée, où il était major, il a renoncé à la retraite pour occuper un poste de stratège en communication auprès de la Ligue de défense estonienne.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, 4 000 volontaires ont rejoint l’organisation, créée en 1918, à la naissance du petit Etat balte. Interdite en 1940, elle a été ressuscitée en 1991, quand l’Estonie, qui compte aujourd’hui 1,3 million d’habitants, a retrouvé son indépendance, après plus de cinq décennies d’occupation soviétique.

Parmi les 30 000 membres de la Ligue, tous civils, un tiers fait partie de la défense territoriale du pays, dont la seule raison d’être est de contrer une éventuelle offensive de la Russie. Le 16 février, la première ministre de centre droit, Kaja Kallas, a estimé que l’Europe et l’OTAN avaient « trois à cinq ans » pour s’y préparer. En Estonie, où sa popularité est en berne, en raison de la politique d’austérité menée par son gouvernement et du scandale provoqué par les affaires de son mari en Russie, certains ont trouvé ses propos exagérés. Tous, cependant, sont d’accord sur un point : l’Etat balte, qui partage une frontière de 294 km avec la Russie, doit se tenir prêt, même si pour le moment la situation est calme.

« Je n’ai pas vu pareil vide militaire, de l’autre côté de la frontière, depuis trente ans », confirme, sourire enjoué, le général Veiko-Vello Palm, numéro deux des forces estoniennes. Les troupes russes, qui étaient stationnées à quelques dizaines de kilomètres de l’Estonie, ont été envoyées en Ukraine et « sont en train d’y mourir, ce qui est très bien pour nous ». Toutefois, cela pourrait rapidement évoluer, « si la Russie parvient à une forme de résolution en Ukraine, ce qui lui permettrait de libérer des troupes », constate le général. « Il lui faudra un peu de temps pour reconstituer ses forces, mais cela pourrait aller plus vite que certains ne l’imaginent, poursuit-il, rappelant que pour les Etats baltes, la Russie n’a jamais cessé de constituer une menace existentielle. »

Lire aussi l’archive (2020) : Article réservé à nos abonnés L’Estonie, un Etat balte toujours dans l’ombre de la Russie

Avant même le début de la guerre en Ukraine, l’Estonie, membre de l’OTAN depuis 2004, consacrait 2 % de son PIB à la défense. En février 2023, les députés ont décidé de l’augmenter à 3 % au moins du PIB. Il devrait atteindre 3,2 % en 2024. Arborant un pin’s aux couleurs de l’Ukraine et de l’Estonie au revers de sa veste, le ministre de la défense, Hanno Pevkur, fixe trois priorités : « Nous devons augmenter nos capacités en matière de munitions, de défense aérienne et d’armes de longue portée », déclare-t-il.

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