Candidate aux élections municipales des dimanches 15 et 22 mars à la tête d’une liste comptant aussi bien des natifs que des nouveaux arrivants, une conseillère municipale raconte : « Etant domiciliée en lisière du village, j’entends encore dire que je ne suis pas vraiment d’ici ! Mais plus d’ici que moi, je ne vois pas ! » Et d’énumérer, comme autant de preuves de son ancrage, son mari natif, sa présidence de l’intercommunalité, son ancien cabinet de comptable, la scolarité de ses enfants. A la tête de l’autre liste, soutenue par la droite locale, son opposante lui dispute le monopole de l’appartenance, rappelant qu’elle est « native d’ici » et que ses colistiers sont « des enfants du pays, établis sur la commune depuis plusieurs générations ».
Scrutin de proximité offrant d’élire des visages et des patronymes familiers, loin de la « politique politicienne » et des guerres d’appareils, les municipales sont le lieu d’une bataille plus sourde et plus intime, qui voit se disputer différentes conceptions de l’appartenance à un territoire et de la légitimité à gérer les affaires communales. En quoi se définit-on comme « d’ici » et pas d’ailleurs ?
Ce scrutin local est l’occasion, pour des habitants issus de classes populaires et moyennes n’ayant jamais quitté leur « coin », de faire de cet ancrage une ressource symbolique valorisante et, partant, d’inverser le stigmate de l’immobilité quand, sur d’autres scènes sociales (scolaire, professionnelle…), ils sont moins favorisés.
C’est ce que plusieurs sociologues nomment le « capital d’autochtonie », autrement dit « le capital social lié au fait d’être du coin » (Jean-Noël Retière, Autour de l’autochtonie. Réflexions sur la notion de capital social populaire, Politix, no 63, 2003). Dans ses travaux sur les classes populaires rurales de l’Est, Benoît Coquard montre combien la respectabilité locale se fonde sur le fait d’être « quelqu’un du coin, sur qui on peut compter », davantage que sur des diplômes et des savoirs théoriques.
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