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Malgré les critiques et les recours, l’Etat américain d’Alabama a mis à mort, jeudi 25 janvier, un condamné par inhalation d’azote, une première mondiale dénoncée notamment par l’ONU qui avait comparé ce mode d’exécution à une forme de « torture ».

Kenneth Eugene Smith, définitivement condamné en 1996 à la peine capitale pour le meurtre d’une femme en 1988, est mort au pénitencier d’Atmore à 20 h 25 locales (03 h 25 vendredi, heure de Paris), après avoir respiré de l’azote pur à travers un masque facial pour provoquer une privation d’oxygène.

« Justice a été rendue. Ce soir, Kenneth Smith a été mis à mort pour l’acte abject qu’il avait commis il y a 35 ans », a déclaré le procureur général d’Alabama, Steve Marshall, affirmant que l’Alabama avait « accompli quelque chose d’historique ».

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Cette exécution est la première de l’année aux Etats-Unis, où vingt-quatre ont été réalisées en 2023, toutes par injection létale. C’est la première fois depuis plus de 40 ans qu’un mode d’exécution inédit est utilisé dans ce pays. Une précédente tentative par injection létale, le 17 novembre 2022, avait été annulée in extremis, les perfusions intraveineuses pour administrer à Kenneth Eugene Smith la solution mortelle n’ayant pu être posées dans le temps légalement imparti, bien qu’il soit resté attaché plusieurs heures.

Pas de sédation prévue dans le protocole

L’Alabama, situé dans le sud-est des Etats-Unis, est l’un des trois Etats américains autorisant l’exécution par inhalation d’azote. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme (HCDH) s’est dit le 16 janvier « alarmé » par l’utilisation d’un « mode d’exécution inédit et non testé, l’hypoxie à l’azote ». Cela « pourrait constituer de la torture ou d’autres traitements cruels ou dégradants au regard du droit international », avait prévenu une porte-parole du Haut-Commissariat, Ravina Shamdasani, appelant à un sursis à cette exécution. Le protocole d’exécution par hypoxie à l’azote de l’Alabama ne prévoit pas de sédation, alors que l’Association américaine vétérinaire (AVMA) recommande d’administrer un sédatif aux animaux euthanasiés de cette façon, a souligné la porte-parole.

Tous les recours et demandes de sursis de Kenneth Eugene Smith, 58 ans, ont été rejetés, y compris mercredi par la Cour suprême. La plus haute juridiction du pays, à majorité conservatrice, était saisie jeudi d’un ultime recours du condamné, mais n’y a pas fait suite. Dans ses arguments écrits à la Cour suprême, l’Etat d’Alabama est même allé jusqu’à présenter l’hypoxie à l’azote comme « peut-être le mode d’exécution le plus humain jamais inventé ».

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« Les autorités d’Alabama ont raté trois exécutions de suite en 2022, dont celle de M. Smith », avait souligné la directrice exécutive de l’observatoire spécialisé Death penalty information center (DPIC), Robin Maher. « Elles se sentent peut-être plus à l’aise en passant à un mode d’exécution complètement différent, même s’il est complètement expérimental et n’a jamais été testé », a-t-elle poursuivi dans une interview à l’Agence France-Presse.

La peine de mort abolie dans vingt-trois Etats américains

« Je suis encore traumatisé par la dernière fois », avait confié en décembre, dans une interview à la radio publique NPR, Kenneth Eugene Smith, s’avouant « absolument terrifié » de revivre une tentative d’exécution.

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Il a été reconnu coupable du meurtre en 1988 d’Elizabeth Dorlene Sennett, 45 ans, commandité par le mari de cette dernière, Charles Sennett, un pasteur lourdement endetté et infidèle, pour faire croire à un cambriolage qui aurait mal tourné. Malgré le suicide du mari, la police était remontée jusqu’aux deux meurtriers. Le complice de Kenneth Eugene Smith, John Forrest Parker, condamné à la peine capitale, a été exécuté en 2010.

Kenneth Smith a également été condamné une première fois à la peine de mort mais le procès avait été annulé en appel. Lors de son second procès en 1996, onze des douze jurés s’étaient prononcés pour une peine de prison à perpétuité. Mais comme au procès de son complice, le juge avait passé outre l’avis des jurés et l’avait condamné à la peine capitale, une possibilité existant à l’époque dans quelques Etats mais désormais abolie sur l’ensemble du territoire américain.

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Dans son rapport annuel en décembre, le DPIC précisait que la plupart des prisonniers exécutés en 2023 aux Etats-Unis « ne seraient probablement pas condamnés à mort aujourd’hui », en raison de la prise en compte notamment des problèmes de santé mentale et traumatismes des prévenus ou de changements législatifs pour infliger la peine capitale. La peine de mort a été abolie dans vingt-trois Etats américains, tandis que six autres observent un moratoire sur son application sur décision du gouverneur.

Le Monde avec AFP

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