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Nous sommes en 1996 et l’équipe de France, pas encore championne du monde, dispute un Euro en Angleterre. Alors qu’elle vient de se qualifier pour les demi-finales en tenant tête aux Pays-Bas, un autre adversaire fait irruption. Depuis le Gard, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, prend la parole, le 23 juin, pour juger « artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France », et déplorer que la plupart d’entre eux « ne chantent pas ou ignorent La Marseillaise ».

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Peu importe que tous les membres de l’équipe soient nés en France − à l’exception de Marcel Desailly, né au Ghana − et que La Marseillaise n’ait pas toujours été entonnée par les générations précédentes, notamment à l’époque de Michel Platini. Le Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN) en 2018, qui s’était jusqu’alors tenu à distance des terrains, investit le champ sportif et inaugure une série d’attaques contre une équipe jugée non représentative et supposément moins patriote.

Depuis leur hôtel d’un coin de campagne coincé entre Liverpool et Manchester, les Bleus, surpris, encaissent. La saillie du président du FN réveille des blessures, comme celles du Guyanais Bernard Lama, qui lâche : « Je n’ai pas demandé à avoir des ancêtres déportés en esclavage. » Lilian Thuram, le père de Marcus, décèle le piège et se refuse à « faire de la publicité » au parti d’extrême droite. Evitant également d’en rajouter, le sélectionneur, Aimé Jacquet, déclare que le maillot bleu est « très bien défendu ». Alors joueur, Didier Deschamps riposte : Jean-Marie Le Pen « dit, une fois de plus, n’importe quoi ».

Vingt-huit ans plus tard, l’actuel sélectionneur explique avoir agi avant tout pour protéger son groupe. « Je l’ai fait parce que l’on attaquait les joueurs et que j’étais capitaine », a expliqué Didier Deschamps, dimanche 16 juin. Cet épisode marque toutefois le début d’une ère dans laquelle l’équipe de France sera fréquemment prise pour cible par le parti d’extrême droite en raison de ce qu’elle représente, et parfois amenée à prendre la parole, comme l’ont fait Marcus Thuram et Kylian Mbappé à l’approche des élections législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet. Le premier a appelé, samedi, « à se battre au quotidien pour que le RN ne passe pas », le second s’est déclaré, dimanche, « contre les extrêmes, contre les idées qui divisent ».

Un « parti fasciste »

Six ans après l’Euro 1996, Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l’élection présidentielle, enclenchant une vaste mobilisation de la société civile. Comme de très nombreuses figures du sport, les Bleus prennent position. Alors capitaine, Marcel Desailly rappelle que « la force de l’équipe de France, c’est son côté multiracial » et qualifie le Front national de « parti fasciste ».

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