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Il flotte un vent nouveau sur la Turquie. Un souffle léger à peine perceptible, mais qui finit par saisir, comme par surprise. Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, réélu, dimanche 31 mars, avec plus d’un million de voix de différence sur son adversaire du Parti de la justice et du développement (AKP), la formation du président Recep Tayyip Erdogan, avait appelé cela, la veille du scrutin, « la brise de la mer Noire et de la mer de Marmara ». Il concluait : « Celle qui vous prendra à la gorge au réveil ce lundi matin, 1er avril, et qui, lorsque vous prendrez votre respiration, vous fera sentir au fond de vous la démocratie, la république et la liberté. »

Prophétique ou non, mais à coup sûr politique et forte, cette parole montre à sa manière et à quel point le vote de dimanche, qui s’est révélé être le pire revers du chef de l’Etat depuis l’accession au pouvoir de son parti en 2002, a provoqué beaucoup plus de surprises qu’on ne s’y attendait. La nuit électorale a déclenché une onde de choc qui, à l’évidence, engage le pays dans une voie nouvelle.

Le résultat des urnes est sans appel : pour la première fois depuis sa création, l’AKP n’est plus le premier mais le deuxième parti du pays. A l’inverse, son rival et opposant historique, le Parti républicain du peuple, le très kémaliste et nationaliste CHP, retrouve pour la première fois depuis 1977 la première place, un rang qu’il va devoir apprendre à gérer.

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Des dizaines de villes et d’arrondissements sont tombés dans son escarcelle, bien plus que ne le prévoyaient ses propres dirigeants. Rien qu’à Ankara, le parti obtient 16 des 25 municipalités. Son candidat à la métropole, Mansur Yavas, maire sortant, gagne 10 points par rapport aux élections de 2019. Les candidats CHP aux côtés d’Ekrem Imamoglu remportent, à Istanbul, 26 arrondissements sur 39, soit douze de plus. A Izmir, certes bastion traditionnel du parti, ils sont 28 sur 30 arrondissements et ce, malgré les nombreuses critiques émises contre le choix de certaines candidatures imposées par la direction. Partout, le CHP progresse au-delà même de sa base traditionnelle de la côte ouest, notamment dans les villes au cœur de l’Anatolie et sur la côte de la mer Noire, place forte de l’AKP.

« Reprenons nos esprits »

Depuis lundi, 64 % de la population est ainsi dirigée par des maires CHP. Ce qui représente 80 % de l’économie du pays. En comparaison, les municipalités de l’AKP gouverneront 23 % de la population. Celles du parti pro-kurde DEM (ancien HDP, Parti démocratique des peuples) près de 7 %. Les 6 % restants se partageront entre la formation d’extrême droite MHP (Parti d’action nationaliste), membre de la coalition gouvernementale, et le parti d’extrême droite islamiste Yeniden Refah (Parti du bien-être social, YRP), ex-allié de l’AKP.

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