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Partout en Suède, au bureau comme dans les usines, la pause fika est sacro-sainte. En général, on s’arrête de travailler autour de 9 h 30, puis de 14 h 30, pour une pause-café entre collègues. Dans certaines entreprises, ces rendez-vous sont plus spontanés. Mais tout le monde finit par se retrouver devant la machine à café, avec en acmé, le fredagsfika : la pause-café du vendredi, celle où l’on s’éternise plus longtemps, en dégustant des viennoiseries.

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Mais voilà : depuis le début d’année, le fika se retrouve dans la tourmente, après la publication d’un article dans le journal des travailleurs communaux Kommunal arbetaren, le 3 janvier, qui révèle que, dans certaines collectivités locales, le café est désormais payant. Pis, certaines communes et régions feraient des différences entre les catégories socioprofessionnelles. Ainsi, dans les régions, 94 % des fonctionnaires ont droit à du café gratuit, contre 75 % seulement des aides-soignantes.

Dans certaines municipalités, les employés doivent remplir un questionnaire à leur embauche : s’ils déclarent aimer le café, leur salaire est automatiquement amputé de quelques dizaines de couronnes (quelques euros) chaque mois. La région de Stockholm est allée encore plus loin : juste avant Noël, les employés du secteur de la santé ont appris qu’ils n’auraient désormais plus le droit au tout aussi traditionnel panier de fruits, qui trône en général près de la machine à café.

Douloureuses restructurations

Selon le journal Dagens Nyheter qui révélait l’information le 11 janvier, le mémo interne envoyé par la direction de la santé recense une liste de produits qui ne sont pas jugés « indispensables pour la production de soins » et ne seront donc plus pris en charge. Aux côtés du panier de fruits figure le fikabröd (littéralement « le pain à fika », qui désigne les viennoiseries accompagnant le café).

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Ces économies de bouts de chandelle témoignent d’une situation économique calamiteuse pour les collectivités locales : en 2023, les vingt et une régions et un tiers des 290 communes suédoises ont terminé l’année avec des finances dans le rouge, selon l’association des collectivités locales SKL. Or, 2024 devrait être encore pire, le déficit passant de 6 milliards de couronnes à 31 milliards (de 530 millions à 2,75 milliards d’euros). En cause : l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, mais aussi une augmentation des besoins, dans le secteur de la santé notamment ou de l’accueil des personnes âgées.

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En septembre 2023, le gouvernement libéral conservateur, soutenu par l’extrême droite, a annoncé une rallonge de 10 milliards de couronnes aux collectivités locales. Mais elle ne suffira pas à éviter les douloureuses restructurations annoncées dans les services publics. Partout en Suède, les écoles voient leur budget resserré, tandis que le grand hôpital de Sahlgrenska, à Göteborg, qui s’attend à faire un déficit de 1,7 milliard de couronnes entre 2023 et 2024, estime qu’il devra licencier 2 000 de ses 17 000 employés pour espérer retrouver un budget à l’équilibre.

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