En Serbie, le président Aleksandar Vucic a proclamé dimanche 29 mars la victoire de son parti aux municipales partielles, émaillées de nombreux incidents impliquant d’un côté des sympathisants de sa formation et de l’autre des militants et observateurs d’un mouvement étudiant et de l’opposition.

« Merci à la Serbie pour cette confiance immense. Il s’agissait de localités difficiles pour nous », a déclaré M. Vucic en conférence de presse, après avoir proclamé une victoire « 10 à 0 » contre le mouvement étudiant et l’opposition, deux heures après la fermeture des bureaux de vote. La commission électorale devrait publier lundi les résultats de ce scrutin qui s’est déroulé dans dix localités, essentiellement en Serbie centrale.

Si seulement 3,8 % des électeurs serbes – près de 250 000 sur 6,5 millions d’inscrits dans l’ensemble du pays – ont été appelés à voter, ces élections étaient importantes aussi bien pour le mouvement étudiant, qui a proposé ses propres listes, que pour le pouvoir de M. Vucic, qui dirige le pays depuis 2014.

Selon les résultats présentés par M. Vucic, son Parti progressiste serbe (SNS, droite nationaliste) a remporté entre 49 % et 72 % des suffrages, devant le mouvement étudiant qui a dépassé le seuil des 40 % des voix dans plusieurs localités. La participation a été massive : entre 53 % et 78 %, a annoncé la télévision nationale (RTS).

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Accusations mutuelles

Le mouvement étudiant, né après un accident à la gare ferroviaire de Novi Sad, au cours duquel seize personnes ont péri dans l’effondrement d’un auvent en novembre 2024, s’est transformé en action politique. Les étudiants ont régulièrement manifesté depuis cette tragédie, rassemblant parfois plusieurs centaines de milliers de personnes, accusant le pouvoir de corruption et exigeant les législatives anticipées. Ils ont présenté leurs listes dans chacune des dix municipalités, avec des partis d’opposition ou seuls.

Des incidents ont été rapportés notamment à Bajina Basta, à Bor et à Kula, à proximité des bureaux de vote ou devant des locaux du SNS. Généralement, ces incidents ont éclaté lorsque des observateurs délégués par le mouvement étudiant essayaient de vérifier des allégations concernant de présumées irrégularités, ont rapporté des médias et l’ONG Crta, chargée de surveillance électorale. Environ 6 750 observateurs ont été enregistrés pour surveiller le déroulement du scrutin, et les deux camps se sont accusés mutuellement d’actes de violence.

Dans la matinée, le mouvement étudiant a affirmé sur les réseaux sociaux que deux membres de leur « équipe mobile » d’observation avaient été « aspergés de gaz au poivre », puis « blessés à la tête » par des « tabasseurs » à Bor. Des membres d’une autre « équipe mobile » d’observation ont été agressés plus tard dans la journée également à Bor, lorsqu’ils ont essayé de filmer un comportement « suspect » des sympathisants du SNS, a raconté aux médias un des membres de cette équipe, Lazar Babovic.

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Hommes encagoulés

« Nous avons empêché de nombreuses irrégularités (…) nous ne renoncerons pas », a déclaré cet étudiant. Un autre incident est survenu à Kula, où des hommes encagoulés ou avec une capuche sur la tête, armés de battes et retranchés dans un stade, ont attaqué des membres du camp opposé rassemblés à proximité, dont certains ont répondu en jetant dans leur direction des pierres ou une torche allumée, selon les images diffusées sur les réseaux.

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L’ONG Crta a déploré dans un communiqué « la terreur visant des électeurs (…) des attaques physiques et des actes d’intimidation ». Crta a aussi fait état de plusieurs « irrégularités », notamment « des cas d’arrivées organisées d’électeurs dans les bureaux de vote » et « d’atteinte à la règle du vote secret ». Plusieurs journalistes et activistes pro-étudiants ont été agressés et blessés à Bor, a rapporté le portail Revolt, précisant qu’un de leurs journalistes souffrait de « blessures graves » à la tête.

De son côté, le parti SNS de M. Vucic a dénoncé le comportement des « militants et (des) responsables des listes » étudiantes, affirmant qu’ils « harcèlent, provoquent et menacent (…) les citoyens ». La police a annoncé avoir arrêté quatre personnes accusées d’avoir agressé un sympathisant du SNS. La présidente du parlement, Ana Brnabic, proche du président Vucic, a dénoncé « la terreur organisée et soigneusement planifiée » des étudiants.

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Le Monde avec AFP

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