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Durant des années, Igor Strelkov s’est cru protégé – par son statut de « héros », par sa popularité, par les secrets qu’il détenait, peut-être, et très certainement par sa condition de criminel recherché en Occident. En 2016, déjà, il déclarait au Monde : « Pour l’instant, je suis intouchable », ajoutant : « Le jour où le pouvoir décidera de m’éliminer, ce ne sera sans doute pas par la voie judiciaire. »

Enième erreur d’appréciation de cet ancien du FSB, les services de sécurité : c’est bien par la « voie judiciaire » que la disgrâce du remuant dirigeant ultranationaliste, âgé de 53 ans, a été actée, jeudi 25 janvier, avec sa condamnation à quatre années de prison. Igor Guirkine, son véritable nom, a été reconnu coupable par le tribunal municipal de Moscou d’« appels publics à l’extrémisme », autrement dit d’avoir manqué de prudence dans ses incessantes critiques du commandement militaire russe.

Au cours de la décennie écoulée, l’homme avait échappé aux assassinats ciblés des anciens du Donbass et aux purges successives conduites par le pouvoir dans les milieux nationalistes, dont il demeure une icône – certes un peu vieillie.

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La guerre à grande échelle contre l’Ukraine, qu’il a contribué à lancer, aura finalement eu raison de lui. Le dirigeant nationaliste n’a pas voulu comprendre que le climat en Russie avait radicalement changé à la faveur de cet événement. Il continuait de distiller critiques et conseils sentencieux à l’armée et au Kremlin, raillant inlassablement la « mollesse » du pouvoir, tant dans ses objectifs (selon lui, « l’Ukraine ne doit plus exister ») que dans sa conduite de la guerre. A plusieurs reprises, il était allé jusqu’à qualifier « l’opération spéciale » en Ukraine « d’échec complet ».

Trois décennies de guerres russes

Après la rébellion avortée d’Evgueni Prigojine, le patron du groupe Wagner, qu’il avait soutenue du bout des lèvres, la situation était devenue intenable. Un mois précisément après cette mutinerie, le 21 juillet 2023, Strelkov était arrêté chez lui, à Moscou, et placé en détention provisoire. Les charges retenues s’appuyaient sur deux publications, sur Telegram, remontant au mois de mai : dans la première, il accusait le pouvoir russe d’être prêt à « rendre la Crimée » ; la seconde dénonçait le non-versement de leurs salaires à des soldats mobilisés. Pour ne rien arranger, il avait aussi annoncé son intention de participer au scrutin présidentiel de mars 2024…

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Strelkov, le blogueur ultranationaliste arrêté pour ses critiques contre l’armée

Audience après audience, quelques-uns de ses partisans s’obstinaient à venir plaider sa cause devant le tribunal. Les mêmes qui, pendant des années, se sont réjouis bruyamment de l’impitoyable répression exercée contre les libéraux et les démocrates faisaient mine de découvrir l’iniquité de la machine judiciaire russe et s’étonnaient de ne pas voir les Russes descendre massivement dans la rue en soutien de leur chef.

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