La mine de coltan de Rubaya constitue la preuve à charge la plus accablante contre le Rwanda, accusé de s’approprier illégalement les richesses minérales de son voisin. Les ressources naturelles présentes en République démocratique du Congo (RDC), « pays continent » grand comme l’Europe, font, depuis des années, surtout le bonheur des autres. Au XXe siècle, le caoutchouc et le cuivre ont enrichi les entreprises du colon belge. A l’ère numérique et du tout-électrique, les sociétés chinoises ont fait main basse sur le cobalt, le lithium et autres terres rares.
Mais, à Rubaya, située aux confins orientaux de la RDC, il n’est pas tant question de contrats commerciaux parfois léonins. Ici, on est en zone de guerre ouverte depuis novembre 2021. Celle à laquelle se livrent le Rwanda et la RDC dans une région soumise à la loi des groupes armés qui prospèrent dans l’espace laissé vacant par un Etat fantôme. Là, Rubaya change de mains au son des mitraillettes.
Fin avril 2024, le Rwanda s’est emparé de cette mine qui produirait de 20 % à 30 % du coltan (composé de colombite et de tantalite) mondial. « Je ne dis pas que les Rwandais nous font la guerre pour nos minerais, mais on ne fait pas la guerre au Nord-Kivu sans s’intéresser à ses richesses », avance pudiquement Yvette Mwanza, présidente de la chambre des mines au sein du conseil provincial de la Fédération des entreprises du Congo, le Medef congolais.
Au printemps 2024, le mouvement M23 déloge donc, armes à la main, les anciens occupants. Un autre mouvement rebelle, la Coalition des patriotes résistants congolais-Force de frappe (Pareco-FF). Derrière le M23, mouvement essentiellement formé de Tutsi congolais, se cache la main de Kigali et de son armée, les Forces de défense du Rwanda (FDR). Selon plusieurs rapports de l’ONU, il y avait, début 2025, quelque 3 000 à 4 000 soldats rwandais au Nord-Kivu, des hommes expérimentés sur d’autres terrains de bataille, disciplinés et dotés d’équipements modernes. Le M23 ne serait plus qu’un paravent.
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