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Entre le masque qui dissimule son visage et son chapeau, descendu jusqu’aux sourcils, on ne distingue que ses yeux, occupés à balayer la foule. Aviv, la vingtaine, a l’expérience des militants d’extrême gauche habitués à l’adversité. D’une main, il tient son étendard rouge et noir libertaire. De l’autre, il distribue des tracts où se lisent des témoignages d’habitants de Gaza sur la guerre et les destructions dans l’enclave palestinienne. Dans Israël en guerre, il est convenu par une large majorité que cela ne relève pas de l’information, mais de la provocation. Aviv est convaincu du contraire.

Le voilà qui pénètre dans la mer de drapeaux israéliens bleus et blancs des manifestants, réunis, sur Kaplan Street, à Tel-Aviv, ce samedi 2 mars au soir, pour réclamer la démission du gouvernement et de celui qui le dirige, Benyamin Nétanyahou. Dans cette foule de plusieurs milliers de personnes, il est reproché au premier ministre de ne pas avoir su protéger le pays contre le risque de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Ce qui n’est pas la même chose que de remettre en cause la poursuite de la guerre.

Les manifestants de la rue Kaplan appartiennent à un arc politique situé entre le centre et la gauche de l’échiquier politique. Avant le séisme du 7 octobre, une grande partie d’entre eux avaient pris part, déjà, à des manifestations contre Benyamin Nétanyahou, qu’ils accusaient de vouloir faire basculer le pays dans une dictature par la réforme judiciaire. La question du statut des territoires palestiniens, de Gaza sous administration du Hamas à la Cisjordanie occupée, ne figurait pas dans les préoccupations, encore moins dans les slogans.

Manifestation pour un cessez-le-feu à Gaza, à l’appel d’organisations de gauche pour la paix entre Israéliens et Palestiniens, devant la Cinémathèque de Tel-Aviv (Israël), le 29 février 2024.

Un peu plus tard en ce samedi, ils vont applaudir Yaïr Golan, qui prend la parole sur un podium rue Kaplan. Le général réserviste, ex-chef d’état-major adjoint, ex-député du parti Meretz (gauche), mûrit une tentative pour prendre en mai le contrôle du Parti travailliste, lors des prochaines primaires. La formation qui avait, pendant des décennies, dominé la vie politique israélienne, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Il est envisagé de la fusionner avec le Meretz pour tenter de reconstruire un pôle de gauche. La tâche s’annonce ardue.

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Aviv, lui, distribue sans ralentir ses tracts en arabe et en hébreu. La manifestation est un peu chaotique. En plus des anti-Nétanyahou, un groupe appelle à ce qu’on ne sacrifie pas les otages israéliens de Gaza. Se faufilant au milieu, les militants du « bloc contre l’occupation », estiment que l’occupation des territoires palestiniens, et la guerre actuelle à Gaza, doivent cesser. « On a la gauche la plus schizophrène du monde, se désole Aviv. Ils affirment avoir des valeurs progressistes mais ils sont alignés sur les idées nationalistes. La paix avec les Palestiniens n’est même pas une chose dont ils peuvent prononcer le nom. »

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