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En avril 2022, un journaliste spécialisé dans la finance, Thanasis Koukakis, découvre que son téléphone portable a été piraté par le logiciel espion Predator, qui permet d’enregistrer les messages et les appels, y compris ceux passés avec des applications cryptées. Au fil des mois, le scandale prend de l’ampleur, à tel point que les médias locaux parlent de « Watergate grec ».

Opposants politiques – dont le chef du Parti socialiste –, journalistes, entrepreneurs, chefs des armées sont mis sur écoute par le gouvernement du premier ministre conservateur, Kyriakos Mitsotakis, qui, après les élections législatives de juillet 2019, avait placé les services de renseignement grecs directement sous son égide – ils étaient auparavant rattachés au ministère de l’intérieur. Plus de 15 000 téléphones auraient été surveillés par les renseignements, soit une hausse de 30 % depuis 2019. Au moins douze journalistes ont déclaré avoir été surveillés par Predator. Kyriakos Mitsotakis affirme ne pas avoir été au courant de la mise sur écoute du dirigeant socialiste et assure que l’Etat grec « n’a jamais acheté ou utilisé » Predator.

En août 2022, des médias hellènes révèlent que le responsable du cabinet du premier ministre, qui n’est autre que son neveu, Grigoris Dimitriadis, avait des liens avec la société Intellexa, commercialisant le logiciel espion Predator en Grèce. Depuis, Grigoris Dimitriadis a été limogé, tout comme le chef des services secrets. Immédiatement après sa mise à l’écart, l’ex-chef de cabinet porte plainte contre l’Efimerida Ton Syntakton (« journal des rédacteurs ») et le site Reporters United, mais aussi contre trois journalistes, Nikolas Leontopoulos, Thodoris Chondrogiannos et Thanasis Koukakis, qui ont révélé l’affaire. Au total, Grigoris Dimitriadis réclame 550 000 euros de dédommagements et d’intérêts.

« Journalistes sous pression »

« Ce procès est un exemple saisissant de poursuite-bâillon et de tentative de museler les reportages d’investigation sur une question d’intérêt public importante », dénoncent plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse, parmi lesquelles Reporters sans frontières (RSF). Les ONG qui ont contribué à couvrir les frais juridiques des journalistes s’inquiètent également que Grigoris Dimitriadis ait intenté un nouveau procès, en novembre 2023, contre plusieurs des mêmes plaignants et d’autres médias.

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« En Grèce, ces procédures abusives contre des journalistes sont fréquentes. Dans ce cas précis, les journalistes ont dû patienter un an et demi avant l’ouverture du procès et risquent encore d’attendre entre six mois et deux ans avant d’avoir le jugement, en raison de la lenteur de la justice, souligne Pavol Szalai, responsable du bureau Union européenne – Balkans pour RSF. Durant tout ce temps, les journalistes sont sous pression, dans l’incertitude », ajoute-t-il, en faisant l’amer constat que « la liberté de la presse a touché le fond en Grèce ».

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