LETTRE DE MADRID

Il y a des mots qui résistent à la traduction. Pormishuevismo en est un. Forgé à partir d’une expression argotique espagnole désignant le fait d’imposer sa volonté sans discussion, le terme a été élevé au rang de concept culturel par le spécialiste en études urbaines Erik Harley. Disons, faute de mieux, une sorte de « virilisme bétonneur ».
Depuis 2023, ce chercheur de 32 ans, diplômé en beaux-arts de l’université de Barcelone, dénonce sur les réseaux sociaux cette « tendance architecturale, politique et philosophique consistant à construire l’inutile, le surdimensionné, l’absurde ou le corrompu, au nom d’une fausse nécessité, d’une modernité de façade ou d’un progrès fantasmé ». Fruit de la fièvre immobilière qui a ravagé l’Espagne au début des années 2000, ces excès ont laissé de profondes cicatrices dans l’espace public. Des blessures encore douloureuses vingt ans plus tard, alors que l’accès au logement est devenu la première préoccupation des Espagnols.
« Le terme vient d’une expression espagnole très courante : “por huevos”. Dans ce contexte, les huevos – littéralement les testicules – fonctionnent comme une métaphore familière d’une virilité associée au manque de réflexion, explique Erik Harley. Ajouter un “-isme” m’a permis de souligner qu’il ne s’agissait pas de gestes isolés, mais d’une manière structurelle de prendre des décisions. Le concept s’est cristallisé lorsque j’ai revu Huevos de oro [1993], de Bigas Luna [1946-2013], film qui met en scène une masculinité intimement liée à l’argent, au pouvoir et à la construction. »
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