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Histoires Web vendredi, mars 1
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L’obscurité est encore épaisse en ce petit matin froid de janvier. Il est tôt, pourtant le bateau qui s’éloigne des îles sœurs de Houat et Hœdic – le « canard » et le « caneton » en breton –, respectivement 216 et 94 habitants, pour se diriger vers Quiberon, dans le Morbihan, est loin d’être vide. Il emporte notamment des marins pêcheurs, des îliennes qui vont passer le week-end à terre, et un passager que tout le monde salue : Jean Le Dorven.

Ce biologiste marin est l’auteur du projet de « ceinture bleue » qui ambitionne de redonner du souffle localement à l’économie de la mer. Sa philosophie repose sur la reconstitution des fonds marins, leur protection, mais aussi leur « réensemencement » de coquillages et de crustacés en vue d’une exploitation raisonnable à base d’activités aquacoles mesurées et de pêche « douce ». Objectif : vivre à nouveau de la mer, mais durablement cette fois.

Ce projet de territoire insulaire n’est pas une nouveauté. Jean Le Dorven, spécialiste de l’aquaculture qui vit aujourd’hui en Irlande, l’avait rédigé en 1973 pour le Groupement des pêcheurs artisans houatais. A l’époque, ces derniers s’inquiétaient déjà. « Nous avons une source de richesse sous la quille, il faut que nous la gardions en comprenant que le temps de racler le fonds est révolu et l’heure venue de semer tout en gardant notre droit à la mer », écrivaient-ils. Dit autrement, on ne peut pas puiser indéfiniment dans les ressources halieutiques sans apporter en retour de quoi enrichir les écosystèmes et les préserver, pensaient-ils. Ils n’ont guère reçu de soutien politique. « La pêche côtière était ignorée alors, se souvient Jean Le Dorven. Il n’y en avait que pour la grande pêche, qui est passée de la capture des grosses morues à la ligne à tout prendre au chalut. Un désastre. »

Choc pétrolier

« La ceinture bleue, on l’imaginait pour toute la Bretagne », renchérit de son côté François Le Roux, ancien patron pêcheur et premier adjoint au maire de Houat (sans étiquette). Pourtant l’enthousiasme était là. « Pour construire l’écloserie de homards, on était 50 à 60 pêcheurs à se relayer après notre journée, on a remué des centaines de tonnes de béton. » L’élevage de juvéniles donne alors des résultats encourageants. Mais, choc pétrolier oblige, les coopératives maritimes doivent faire des économies et se concentrer sur le court terme. L’écloserie est détruite et la ceinture bleue tombe aux oubliettes.

Assis dans l’ancienne école Saint-Gildas transformée en gîte, François Le Roux soupire et regarde la mer par la fenêtre. Quand il était élève ici, il était interdit de tourner les yeux de ce côté-là, rapporte un panneau accroché au mur. « Mais on ne pouvait pas s’empêcher de scruter chaque bateau qui rentrait, témoigne-t-il. On était presque tous fils de pêcheur. »

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