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Personne ne se risque à prédire l’ampleur de la manifestation du jeudi 25 janvier, à Rennes. Depuis quelques jours, des pêcheurs relaient discrètement un appel à rejoindre les agriculteurs qui manifesteront devant la préfecture de Bretagne. L’organisation d’un tel rassemblement interpelle dans la première région agricole et maritime du pays. Depuis le mouvement des « bonnets rouges », en 2013, qui avait conduit à l’arrêt de l’écotaxe, on peine à se souvenir d’une mobilisation entre professionnels, parfois volcaniques, de ces deux secteurs minés par des crises à répétition.

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« Nos revendications sont similaires. Il était temps que l’on réagisse ensemble », martèle David Le Quintrec, patron d’un fileyeur à Lorient (Morbihan). Ce marin fustige les « soucis » avec l’Union européenne, la concurrence étrangère, la hausse du prix du carburant, les « attaques » d’ONG… Le quadragénaire parle de l’interdiction de pêche pour préserver les cétacés, instaurée, lundi 22 janvier, pour quatre semaines dans le golfe de Gascogne, comme d’une décision « supplémentaire qui envoie les professionnels à l’abattoir ». Alors, David Le Quintrec s’est rapproché du monde paysan pour amorcer un « front commun ».

Les ouvriers de la mer admirent la capacité de lobbying des organisations agricoles. Quelques coups de fil leur suffisent souvent à déplacer des dizaines de tracteurs, afin de défendre le projet d’un méthaniseur contesté localement ou pour combattre une décision prise à Rennes, à Paris ou à Bruxelles. David Le Quintrec prétend pouvoir mobiliser des centaines de pêcheurs en colère, comme il l’a fait en mars 2023, à Rennes. Cette manifestation avait dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre et forcé Emmanuel Macron à distiller quelques mots d’apaisement lors d’une allocution télévisée sur la réforme des retraites.

« Ligne rouge »

Cette nouvelle mobilisation de marins est orchestrée en marge du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins, présidé par le Breton Olivier Le Nézet. Seule instance représentant officiellement les pêcheurs, elle est jugée trop policée par certains et, pour d’autres, trop attachée à la défense des intérêts des industriels aux dépens de l’activité artisanale… Des centaines d’usagers de la mer sont donc espérés par les paysans de la Coordination rurale, un syndicat minoritaire à l’initiative du rassemblement.

Président de l’organisation dans le Morbihan, Noël Rozé assume ce rapprochement : « Les pêcheurs affrontent les mêmes absurdités que nous. Une mobilisation commune nous permet d’être plus forts pour dire au gouvernement combien il avance sur la ligne rouge. » La Coordination rurale promet une manifestation sans violence, jeudi, et appelle ses militants à soutenir les pêcheurs dans leur projet de rassemblement, le 6 février, à Paris.

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