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Ce qu’on a raconté

Pendant au moins trois ans, de 2019 à 2022, un espion chinois a régulièrement échangé avec Frank Creyelman, un ancien député belge (2007-2014). Selon des centaines de messages obtenus par Der Spiegel, le Financial Times et Le Monde, l’officier de renseignement, qui se fait appeler Daniel Woo, sollicite ce membre du Vlaams Belang (VB, parti flamand d’extrême droite) pour récolter des informations confidentielles, approcher des sources potentielles et transmettre des éléments de langage en faveur du pouvoir chinois.

L’agent du Zhejiang State Security Department, une déclinaison provinciale du ministère de la sécurité d’État, le principal service de renseignement de Pékin, entend notamment influencer le positionnement européen sur la pandémie de Covid-19, la minorité opprimée des Ouïgours et les manifestations prodémocratie à Hongkong. Pour ces diverses missions, Daniel Woo invite Frank Creyelman dans une station balnéaire au sud de la Chine, tous frais payés, et le rémunère en cryptomonnaie.

En retour, l’homme politique aux opinions publiques orientées ­pro-Russie et pro-Chine met à profit son réseau au sein des institutions européennes et belges : certains messages de l’espion chinois sont transmis à son frère, Steven Creyelman, député (VB) au Parlement belge depuis 2019, qui les présente alors aux autres élus, quasiment mot pour mot. En 2022, un peu avant les visites du président Emmanuel Macron et du chancelier allemand Olaf Scholz en Chine, dans un texto à Frank Creyelman, Daniel Woo résume l’un des objectifs de son opération d’influence en Europe : « Nous ­aimerions rendre malades les États-Unis. »

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Ce qu’il s’est passé depuis

Quelques heures après ces révélations, le 15 décembre 2023, Frank Creyelman est exclu du VB par la direction du parti. Questionnées sur cette ingérence étrangère, les autorités belges affirment avoir été au ­courant des contacts entre l’ancien élu et des « puissances étrangères » sans avoir pu le poursuivre. Selon Paul Van Tigchelt, le ministre fédéral de la justice, le code pénal belge ne sanctionne que l’espionnage sur des questions militaires. « Ce scandale a souligné une lacune dans notre arsenal judiciaire, commente Samuel Cogolati, député du parti Écolo, par téléphone. Avec le déclenchement de l’affaire, le ministre de la justice a poussé pour que l’ingérence soit considérée comme un délit dans le droit belge dans les semaines qui viennent. »

En parallèle de ces débats, l’attention se concentre sur Steven Creyelman, le frère, député belge. Une fois ces informations révélées par la presse, ce dernier avait aussitôt pris ses distances avec Frank, dénonçant une « trahison » et qualifiant les relations de son frère avec la Chine de « dégoûtantes et scandaleuses ». Mais, sur la base d’autres messages échangés avec l’espion chinois, la presse belge a depuis établi que Steven Creyelman pouvait difficilement ignorer les liens privilégiés de son aîné avec Pékin.

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