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Mercredi 24 janvier, à 2 heures du matin, l’Allemagne est entrée dans un chaos ferroviaire inédit, qui devrait s’étendre sur six jours. A la suite de l’annonce de la grève du syndicat des conducteurs de train GDL, en conflit avec la Deutsche Bahn (DB), les trains grandes lignes, le fret, mais aussi de nombreux services de transport régionaux ou urbains seront fortement perturbés.

Cinq millions d’usagers quotidiens des trains devront attendre jusqu’à lundi 29 janvier, 18 heures, pour retrouver un trafic normal. La grève devrait affecter l’activité économique de tout le pays, déjà en récession, ainsi que les écoles et les crèches. Jamais la DB n’avait connu de grève de cette durée, symptomatique de l’érosion du modèle traditionnel allemand de gestion des conflits sociaux par la négociation.

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GDL et la Deutsche Bahn sont à couteaux tirés depuis l’automne 2023 à propos des rémunérations. GDL demande notamment une réduction progressive de 38 à 35 heures de la durée hebdomadaire de travail, avec le maintien total du salaire pour les conducteurs de train et les travailleurs postés. La revendication semble légitime : la semaine de 35 heures est déjà la règle dans l’industrie, et les conducteurs de train travaillent en horaires décalés, souvent dans des conditions stressantes.

Dégradation durable du climat de négociation

Néanmoins, la compagnie ferroviaire a refusé, arguant qu’elle ne trouverait pas suffisamment de personnel pour remplacer les chauffeurs manquants. Elle a donc proposé un modèle alternatif reposant sur le choix des employés : soit une réduction du temps hebdomadaire à 37 heures, soit davantage d’argent. Insuffisant, a tranché Claus Weselsky, le chef de GDL, qui a rejeté l’offre et quitté la table des négociations.

Aucune sortie de crise ne semble se profiler à court terme. « Il a perdu la boule », a déclaré M. Weselsky, à propos de Martin Seiler, le directeur du personnel de la compagnie ferroviaire. Le syndicaliste de 64 ans est célèbre depuis une décennie pour sa posture très agressive dans les négociations salariales.

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Depuis qu’il a été élu à la tête de GDL en 2008, sa petite organisation (4 000 membres) use de sa position parmi la catégorie influente des conducteurs de train, dans un contexte de pénurie de personnel, afin d’obtenir pour ses membres des tarifs plus avantageux que ceux de son concurrent EVG (180 000 membres). Avec succès.

GDL se targue ainsi d’avoir fait augmenter, depuis 2008, le salaire des conducteurs de train de 15 à 23 euros de l’heure. Par sa posture intransigeante, il cherche à élargir sa base d’influence à d’autres travailleurs du rail. En 2023, M. Weselsky est allé encore un cran plus loin : il a créé, avec d’autres membres du syndicat, une société de travail temporaire, Fair Train, qui veut débaucher les salariés de DB en vue de les faire recruter de nouveau au service de la compagnie, mais à ses conditions.

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