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Histoires Web samedi, mars 2
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Historique. L’adjectif n’est pas exagéré pour qualifier la mobilisation qui a lieu ces temps-ci contre l’extrême droite en Allemagne. Depuis mi-janvier, plus de deux millions de personnes ont participé à quelque cinq cents rassemblements à travers le pays. Le record de 1992 est battu. Cette année-là, près d’un million et demi de personnes étaient descendues dans la rue pour protester contre la multiplication des violences racistes visant des immigrés, notamment à Rostock, en ex-Allemagne de l’Est. A l’époque, la quasi-totalité des manifestations s’était toutefois déroulée dans les métropoles de l’Ouest, notamment à Munich et à Hambourg, ainsi qu’à Berlin. Trente-deux ans plus tard, le mouvement touche un nombre considérable de villes petites et moyennes, notamment dans les Länder de l’Est, où l’extrême droite fait ses scores les plus élevés. Dans certaines communes de moins de 100 000 habitants, plus de 10 % de la population a ainsi manifesté au cours des dernières semaines. Du jamais-vu.

L’élément déclencheur de cette mobilisation est connu : l’enquête parue le 10 janvier sur le site d’investigation Correctiv, révélant la tenue d’une réunion secrète lors de laquelle le fondateur du mouvement identitaire autrichien a exposé à des responsables du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) un plan de « remigration » visant à déporter en Afrique du Nord des millions d’immigrés installés outre-Rhin ainsi que des citoyens allemands d’origine étrangère.

La sidération provoquée par ces révélations n’explique cependant pas tout. Si la mobilisation a été si rapide et si spectaculaire, c’est aussi parce qu’elle s’est appuyée sur un terreau : celui des nombreux collectifs qui, au cours des dernières années, parfois dans une relative indifférence, se sont constitués un peu partout en Allemagne, notamment à l’Est, pour lutter contre la montée de l’extrême droite. Certains sont apparus à la faveur d’un événement local, comme l’initiative « Wir sind mehr » (« nous sommes plus nombreux ») née en réaction aux actions anti-migrants qui ont eu lieu à Chemnitz (Saxe) en 2018, et qui a ensuite essaimé ailleurs. D’autres ont une origine bien différente, à l’instar des « Omas gegen rechts » (« grands-mères contre l’extrême droite »), un mouvement né en Autriche après l’entrée du FPÖ au gouvernement, en 2017, avant de se structurer en réseau dans plus de 70 villes allemandes à partir de l’année suivante.

Feu de paille

Sans surprise, beaucoup de ces collectifs sont en première ligne dans l’organisation des manifestations qui se tiennent depuis mi-janvier. Souvent associés aux syndicats et aux Eglises, généralement très actifs sur les réseaux sociaux, ils sont la colonne vertébrale d’une mobilisation inédite et foisonnante dont la question est désormais de savoir sur quoi elle peut déboucher durablement.

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