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Histoires Web mercredi, avril 24
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L’histoire est tragique. C’est dans cette dimension et sous ce registre qu’Emmanuel Macron a choisi d’aborder la campagne des élections européennes – elles se tiendront en juin –, sa dernière en tant que président de la République.

Comme lors des mois qui ont précédé sa réélection, en 2022, la guerre en Ukraine n’est pas seulement la toile de fond de la joute électorale. Elle est le terrain sur lequel il mène l’offensive ou plutôt la parade tant le Rassemblement national (RN), qui fait son miel de toutes les insatisfactions françaises, est haut dans les sondages et paraît difficile à rattraper : dix points d’écart séparent la liste conduite par Jordan Bardella de celle menée par Valérie Hayer, la présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, dans l’étude IFOP-Le Journal du dimanche parue le 3 mars.

Le choix d’installer à Matignon, début janvier, un premier ministre à la fois jeune, populaire et combatif, la décision, quelques jours plus tard, de nommer au Quai d’Orsay un proche, Stéphane Séjourné, capable de relayer, d’expliquer et, au besoin, de nuancer la parole élyséenne étaient les prémices de cette opération à risque qui consiste, pour Emmanuel Macron, à mettre à l’épreuve sa stature présidentielle et européenne pour tenter de contenir la vague du parti de Marine Le Pen.

Les mots qu’il a prononcés, le 26 février, à l’issue d’une conférence de soutien à l’Ukraine, s’apparentent à une transgression. En n’excluant pas, en réponse à la question d’un journaliste, l’éventualité que des troupes occidentales puissent un jour être envoyées dans ce pays agressé par la Russie, le président de la République a pu mesurer le fossé qui le sépare de l’opinion publique : 68 % des Français ont estimé qu’il avait eu tort d’afficher cette position, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro. Non que le soutien à l’Ukraine soit contesté : depuis deux ans, il est majoritaire en France et reste relativement constant, malgré un léger fléchissement ces dernières semaines. Simplement, la Russie fait peur et l’escalade est redoutée.

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Le deuxième effet de cette déclaration est d’avoir clarifié le paysage politique de façon radicale. Deux camps sont nettement apparus, alors que, depuis le début du conflit, tous les partis avaient tendance à se fondre dans un soutien plus ou moins sincère à Volodymyr Zelensky. Les réactions les plus négatives et les plus virulentes sont venues de La France insoumise et du RN, qui ont pour points communs l’antiaméricanisme, la contestation de la construction européenne, et qui partagent l’idée que seule une conférence pour la paix permettra à la France et à l’Union européenne (UE) de se désembourber du conflit. Jean-Luc Mélenchon a fustigé « un dérapage incontrôlé » de la part du chef de l’Etat. Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron de « faire planer un risque existentiel sur 70 millions de Français ».

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