Meilleures Actions
Histoires Web mercredi, avril 24
Bulletin

Quinze candidats à la présidentielle au Sénégal accusent le chef de l’Etat, Macky Sall, de « mauvaise volonté » et ont annoncé des actions pour que soit fixée rapidement la date de l’élection, repoussée à une date encore indéterminée. Le collectif citoyen Aar Sunu Election (« protégeons notre élection ») a de son côté annoncé un nouveau rassemblement samedi. Le collectif réclame la tenue du scrutin avant le 2 avril, date de fin officielle du mandat de Macky Sall. Selon ses projections, l’élection, initialement prévue le 25 février, doit avoir lieu le 3 mars au plus tard.

« Une lenteur inexplicable est constatée. Rien n’a été entrepris » malgré les développements de la semaine passée, disent les quinze candidats dans un communiqué commun publié mardi 20 février au soir : « Tout fonctionne au rythme de la mauvaise volonté du président Macky Sall. » Les quinze signataires comptent parmi les 19 candidats homologués pour la présidentielle, d’après une liste actualisée publiée mardi par le Conseil constitutionnel. Parmi eux figurent l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall et, via son mandataire, Bassirou Diomaye Faye, présenté comme le candidat de substitution de l’opposant antisystème Ousmane Sonko. MM. Faye et Sonko sont actuellement emprisonnés.

Le Sénégal traverse une crise politique inédite après la décision, début février, de Macky Sall et de l’Assemblée nationale de reporter la présidentielle. Ce report, dénoncé comme un « coup d’Etat constitutionnel » par l’opposition, a provoqué des manifestations qui ont fait trois morts.

Lire aussi le récit | Article réservé à nos abonnés Au Sénégal, le crépuscule du président Macky Sall

Le Conseil constitutionnel a opposé la semaine passée son veto à cet ajournement et au maintien de Macky Sall à son poste jusqu’à l’installation de son successeur. Le Conseil a constaté l’impossibilité de maintenir la présidentielle le 25 février et demandé aux autorités de l’organiser « dans les meilleurs délais ». Le chef de l’Etat a dit vendredi son intention de respecter la décision du Conseil et de mener « sans tarder les consultations nécessaires » à l’organisation du scrutin.

« Pot de départ »

Les Sénégalais attendent à présent de connaître la nouvelle date. Rien n’a filtré publiquement des discussions que mènerait Macky Sall. Les quinze candidats disent que le processus électoral aurait dû reprendre. Ils accusent le président de refuser d’assumer sa mission d’organiser l’élection. « Tout porte à croire que Macky Sall n’arrive pas à digérer la mise en échec par le Conseil constitutionnel et le peuple de sa tentative de saboter l’élection présidentielle », disent-ils. Ils annoncent sans plus de précisions « une série d’actions visant à garantir la tenue du scrutin dans les délais impartis ».

Le collectif Aar Sunu Election a pour sa part annoncé, mardi devant la presse, un rassemblement à Dakar samedi, veille du jour où aurait dû avoir lieu l’élection. Il a demandé aux participants de venir symboliquement avec leur carte d’électeur, mais aussi avec des denrées ou des boissons pour ce qui se veut le « pot de départ » de Macky Sall. Il appelle aussi les Sénégalais à se rendre symboliquement dimanche dans les bureaux de vote. Aar Sunu Election a mobilisé plusieurs milliers de personnes samedi dans les rues de Dakar. Chaque manifestation est cependant soumise à un régime d’autorisation.

Lire aussi | Au Sénégal, l’opposition front contre front

Le président et l’Assemblée nationale ont causé une onde de choc avec le projet aujourd’hui avorté de report de l’élection. L’opposition soupçonne le camp présidentiel d’avoir voulu s’arranger avec le calendrier par crainte de la défaite de son candidat, le premier ministre Amadou Ba, désigné par le chef de l’Etat pour lui succéder. Elle suspectait une manœuvre pour que Macky Sall reste au pouvoir. Celui-ci a dit à plusieurs reprises qu’il ne se présenterait pas pour un troisième mandat.

Des partenaires internationaux du Sénégal ont exprimé leur inquiétude devant la situation. L’engagement du président à faire appliquer « entièrement » la décision du Conseil constitutionnel, ainsi que différents gestes comme la libération provisoire de centaines de détenus, ont créé un apaisement fragile. Mais le pays reste en proie à une vive querelle sur la tenue de la présidentielle avant ou après le 2 avril et sur une reprise à zéro, ou non, du processus d’homologation des candidatures.

Le Monde avec AFP

Share.
© 2024 Mahalsa France. Tous droits réservés.