L’Anatoly-Kolodkin, un pétrolier russe sous sanctions qui transporte 730 000 barils de brut, doit arriver mardi 31 mars à Cuba, défiant ainsi le blocus imposé par les Etats-Unis sur l’approvisionnement en carburant de l’île communiste. L’Anatoly-Kolodkin a dépassé la pointe est de Cuba et remontait dimanche soir sa côte nord en direction du port de Matanzas, dans le nord-ouest de l’île, selon le site spécialisé MarineTraffic. Il navigue à une vitesse d’environ 14 nœuds (25 km/h). Son arrivée à Matanzas avait précédemment été estimée pour lundi 30 mars, avant d’être réévaluée à mardi par cette plateforme spécialisée.
Jorge Piñon, expert du secteur énergétique cubain à l’université américaine d’Austin, au Texas, s’est dit étonné que les Etats-Unis n’aient pas tenté d’intercepter le pétrolier russe. Une fois que le navire sera entré dans les eaux cubaines, « il sera quasi impossible pour le gouvernement américain de l’arrêter », a-t-il souligné auprès de l’Agence France-Presse (AFP).
« Cuba est finie, un bateau avec du pétrole ne changera rien »
Donald Trump, qui a menacé de s’« occuper » de Cuba une fois la guerre en Iran terminée, a exprimé dimanche soir de la sympathie pour le peuple cubain et déclaré qu’il n’était pas inquiet que l’arrivée de pétrole profite au gouvernement communiste de l’île, dont il a prédit la chute imminente. « Si un pays veut envoyer un peu de pétrole à Cuba maintenant, je n’ai aucun problème avec ça, que ce soit la Russie ou non », a-t-il dit à des journalistes à bord de l’avion présidentiel Air Force One le ramenant à Washington.
« Cuba est finie. Ils ont un régime mauvais. Ils ont des dirigeants très mauvais et corrompus. Qu’ils reçoivent ou non un bateau avec du pétrole, ça ne changera rien, a-t-il ajouté. Je préfère le laisser entrer, que ce soit la Russie ou un autre, parce que les gens ont besoin de chauffage et de climatisation et de toutes les autres choses dont on a besoin. »
Le New York Times avait précédemment rapporté que les garde-côtes américains autorisaient le pétrolier à rejoindre l’île, citant un responsable américain anonyme. Le 19 mars, le gouvernement américain, qui a récemment assoupli ses sanctions contre le pétrole russe, avait précisé que ces hydrocarbures ne pouvaient toujours pas être livrés à Cuba, ni à la Corée du Nord.
L’Anatoly-Kolodkin, qui fait l’objet de sanctions américaines, avait chargé du pétrole dans le port russe de Primorsk le 8 mars. Il avait été escorté par un navire de la marine russe à travers la Manche. Les deux navires se sont séparés une fois que le pétrolier est entré dans l’océan Atlantique, selon la marine britannique.
Crise économique à Cuba
Cuba a perdu son principal allié régional et fournisseur de pétrole en janvier, lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro. Caracas était devenu le principal fournisseur de carburant de Cuba ces vingt-cinq dernières années.
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Le Sea-Horse, un pétrolier battant pavillon hongkongais qui avait précédemment été signalé comme transportant du gazole russe vers Cuba, a de son côté pénétré les eaux vénézuéliennes, selon les données de la société Kpler. Les Cubains subissent des coupures d’électricité régulières pouvant durer plus de vingt heures. Le pays a subi au moins sept coupures de courant nationales depuis le début de 2024, dont deux en mars 2026.
Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, a imposé diverses mesures pour économiser le carburant, dont un strict rationnement. Les prix des carburants se sont envolés, les transports publics ont été drastiquement réduits et certaines compagnies aériennes ont suspendu leurs vols à destination de Cuba.
Le 20 mars, le Kremlin avait affirmé discuter avec Cuba, pays allié de Moscou, des moyens d’aider l’île, se refusant néanmoins à commenter des informations sur une livraison secrète de gazole d’origine russe. Moscou et La Havane, qui collaborent étroitement depuis la période soviétique, ont renforcé leurs liens depuis que la Russie a lancé son offensive à grande échelle contre l’Ukraine, en 2022.
Une fois la cargaison de l’Anatoly-Kolodkin arrivée à Cuba, il faudra entre quinze et vingt jours pour traiter le pétrole, puis encore cinq à dix jours pour distribuer ses produits raffinés, a précisé Jorge Piñon. « Le besoin urgent aujourd’hui à Cuba, c’est le gazole », a expliqué cet ancien cadre du secteur pétrolier. La cargaison russe pourrait être transformée en 250 000 barils de gazole, une quantité suffisante pour couvrir la demande du pays pendant environ douze jours et demi, selon l’expert.
Le gouvernement devra ensuite décider s’il destine ce carburant aux groupes électrogènes de secours ou aux autobus, tracteurs et trains nécessaires pour maintenir l’économie en marche pendant deux semaines.




