Une abeille dans un tournesol, à Thun-Saint-Martin (Nord), en 2023.

« Des abeilles au travail. Productivisme agroécologique et précarisation du vivant », de Robin Mugnier, La Découverte, 278 p., 23 €, numérique 17 €.

On l’a tous en tête, cette image de l’abeille butinant une fleur de tournesol. Mais « ce que l’on voit moins, nous apprend l’anthropologue et apiculteur Robin Mugnier, c’est que ce service, que l’on imagine gratuit, naturel et allant de soi, est en réalité redevable d’une mise au travail organisée ». Dans son remarquable essai Des abeilles au travail, il part de ces insectes pour enquêter sur le fonctionnement de l’agriculture productiviste et globalisée. Plus précisément, dans la vallée du Rhône, spécialisée dans l’agriculture semencière d’oléagineux, qui produit des graines, exportées ensuite vers l’Ukraine ou la Russie, où elles seront plantées.

Ce livre nous rappelle que les vendeurs de semences, qui sous-traitent aux agriculteurs la partie plantations, sont des firmes dotées d’importants capitaux financiers, opérant sur les marchés internationaux. On comprend mieux leur volonté de maîtriser l’entièreté de la production. Or, conséquence de la modernisation de l’agriculture dans l’immédiat après-guerre – augmentation phénoménale de la taille des parcelles, généralisation de la monoculture, pulvérisation de pesticides… –, les insectes pollinisateurs, indispensables à la culture des plantes ou des arbres à fleurs (les abeilles sont « responsables à 90 % du rendement »), ont disparu. C’est pourquoi on trouve, dès les années 1960, les « premières traces des contrats de location » de ruches pour féconder les plantes.

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