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L’annonce d’une offre de reprise de la forge Valdunes de Leffrinckoucke (Nord), près de Dunkerque, par le groupe girondin Europlasma avait surpris début janvier. Les 320 salariés de la seule entreprise française fabriquant des roues et essieux pour le ferroviaire s’attendaient plutôt à un intérêt pour l’usine de Trith-Saint-Léger (Nord), près de Valenciennes, l’autre site du groupe lâché par son actionnaire chinois MA Steel et placé en redressement judiciaire le 20 novembre 2023. C’est là que les roues sortant de la forge de Leffrinckoucke sont usinées et traitées thermiquement. Ni le tchèque Bonatrans ni l’italien Lucchini, concurrents européens de Valdunes, ne se sont manifestés comme espéré. Mercredi 17 janvier, le tribunal de commerce de Lille a accordé un nouveau délai à Valdunes. Il court jusqu’au mercredi 24 janvier.

L’offre d’Europlasma, spécialisé dans le traitement et la valorisation des déchets dangereux, est conditionnée à la reprise de Trith-Saint-Léger par un autre industriel. Seul Interpipe, un groupe ukrainien qui y effectue des tests depuis une quinzaine de jours, pourrait être susceptible de faire une offre, mais rien n’est acté et le temps presse.

Selon nos informations, certains tests ont dû être refaits et Interpipe devrait dire, cette semaine, s’il les juge concluants et s’il dépose une offre de reprise. « Le fait qu’il s’agisse d’une entreprise extra-européenne dont l’unité de production est dans un pays en guerre nous interroge, bien sûr », confie Maxime Savaux, délégué CGT de Valdunes. Mais, faute d’autre option, difficile de faire la fine bouche. La solution Europlasma soulève aussi des interrogations sur sa capacité d’investissement hors aides publiques, alors que ceux nécessaires pour Valdunes sont chiffrés aux alentours de 65 millions d’euros sur trois ans.

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés En France, une réindustrialisation encore fragile, malgré une politique volontariste

La situation financière délicate d’Europlasma incite à la prudence. En 2021, il a repris Tarbes Industry, transformé en Forges de Tarbes, l’unique fabricant français de corps creux, ces ogives ensuite armées par Nexter pour devenir les obus utilisés par les canons Caesar. En septembre 2023, la CGT de l’usine de Tarbes exprimait dans Le Monde son inquiétude face aux investissements promis par Europlasma qui tardent à se concrétiser, alors que de nouvelles commandes ont été actées et bien que l’Etat ait accordé 7,1 millions d’euros d’avances remboursables pour contribuer aux investissements prévus (15 millions d’euros).

« Nous demanderons des garanties »

Le devenir du projet des Forges de Gerzat, annoncé en grande pompe début 2022, est, lui aussi, inquiétant. Il était alors question qu’Europlasma construise à Cébazat (Puy-de-Dôme) une usine qualifiée d’« unique en Europe » pour refabriquer des bouteilles d’oxygène sur ce territoire encore marqué par le traumatisme de la fermeture de Luxfer annoncée en novembre 2018. A la clé, 200 emplois créés. On parlait alors d’un investissement de 100 millions d’euros, largement soutenu par l’Etat, la région Auvergne-Rhône-Alpes et Clermont-Auvergne Métropole, qui, réunis, permettaient de financer la moitié de l’investissement. Un projet « retardé », comme Europlasma le confirme dans son dernier rapport financier, évoquant « l’évolution des prix des matières premières » et « la redéfinition du projet ».

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