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Histoires Web lundi, mars 4
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L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Une actrice célèbre souhaite rencontrer l’héroïne d’un ancien fait divers. Elle se prépare en effet à incarner celle-ci à l’écran, et se présente à son domicile, une confortable maison, au bord d’un lac, à Savannah, en Géorgie. Elle lui remet un paquet qui avait été déposé sur le seuil. Il se trouve que c’est une boîte contenant des excréments qu’un aimable voisin, devine-t-on, a déposée devant la porte. C’est ainsi que débute le nouveau film de Todd Haynes. Le cinéaste semble renoncer ici à ses reconstitutions chics et distanciées de mélos classiques (Loin du paradis, 2002 ; Carol, 2015) confrontées à des sujets « modernes » (le racisme, l’homosexualité), qui lui avaient apporté une sorte de reconnaissance critique.

Cette entrée en matière, si l’on peut dire, relève, en tout cas, d’une double fonction, celle d’esquisser l’existence d’une antériorité douloureuse et, bien sûr, « sale » au regard de la société, mais aussi de résumer le programme qui suivra. L’arrivante, guidée par une abjecte motivation, dévoilera progressivement une volonté destructrice, en tentant de transformer véritablement en ordure ce qui ne s’était jamais pensé ainsi. Inspiré, en partie, d’une histoire vraie, May December s’annonce donc comme une plongée psychologique, précise et subtile, au cœur de laquelle un apparent argument sociétal cède la place à un mécanisme de possession et de vampirisation.

Elizabeth Berry (Natalie Portman) est une vedette de cinéma venue passer quelques jours auprès de Gracie Atherton-Yoo (Julianne Moore), dont elle va jouer le rôle dans un film inspiré de son histoire. On redoute, tout en espérant le contraire, qu’un tel projet risque de n’être que l’exploitation opportuniste et sensationnaliste d’un événement scandaleux. Vingt ans plus tôt, Gracie, mère de famille, a été surprise en compagnie de son amant, un collégien de 13 ans. Ce qui lui avait valu de faire de la prison pour détournement de mineur et d’apparaître régulièrement en première page des tabloïds. Elle a, depuis, divorcé puis épousé son amant, dont elle a eu trois enfants, devenus adolescents.

Sourde hostilité

On devine très vite que les certitudes de l’actrice, en quête de cette introuvable et si contemporaine vérité infernale (la sexualité réprimée et transformée en fait divers honteux), s’effondrent devant une réalité inattendue. Ni la honte ni la culpabilité ne gouvernent la vie d’une femme qui dira, en toute conscience, qu’elle a été sauvée par sa naïveté. Dans un monde où la catastrophe la plus redoutée serait de manquer de hot dogs pour le barbecue du dimanche, Gracie Atherton-Yoo a recréé un univers confortable et familial, normalisé, s’assurant, grâce à un aveuglement salutaire, d’avoir mis à distance la sourde hostilité qu’éprouverait la société et, plus prosaïquement, le voisinage. Une hostilité déclenchée par une transgression originelle. Il est facile de sentir aussi que cette situation contredit la vision toute faite de la nouvelle arrivante.

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