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Histoires Web mercredi, février 21
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La polémique est assez pitoyable mais elle porte un enjeu lourd. Dans une tribune, des professionnels de la poésie demandent à la direction du Printemps des poètes de « renoncer » au choix de Sylvain Tesson comme parrain de la 25ᵉ édition, du 9 au 25 mars. L’écrivain-voyageur serait réactionnaire. Il tutoierait l’extrême droite. En réponse, les pétitionnaires sont traités de censeurs ou de « cafards ». Vous voyez le niveau…

Corrigeons. Les auteurs de la tribune, publiée dans Libération vendredi 19 janvier, ne sont pas vraiment des censeurs – ils n’ont pas ce pouvoir. Ils font parler de poésie, ce qui est déjà pas mal. Ils réussissent aussi l’exploit de victimiser Sylvain Tesson, qui pourrait les remercier, si tant est qu’il en ait besoin.

Car le profil de l’écrivain a déjà été bien cerné, il y a quatre ans, par une longue enquête de L’Express, titrée « L’icône réac » (26 février 2020), puis dans le livre Enquête sur l’extrême droite littéraire (Seuil, 2023), du journaliste François Krug. Soit un homme qui fuit la modernité, la technique, les écrans, le consumérisme, la mondialisation. Qui aime lire le controversé Ernst Jünger, qui a fréquenté l’écrivain raciste Jean Raspail ou la figure de la Nouvelle Droite Dominique Venner, qui avait son rond de serviette à Radio Courtoisie. Tesson goûte peu l’islam, défend la chrétienté comme civilisation, en Orient comme en Arménie. « J’aime dialoguer avec les infréquentables », répond-il. Ajoutons qu’il lit mieux dans les plis du paysage que dans les yeux des dirigeants.

Il a étendu sa fascination pour les grands espaces russes à son président. Dans Berezina (Guérin, 2015), page 60, il a cette phrase : « Nous rentrâmes en Biélorussie comme une lame de sabre russe dans le gras d’un Ukrainien. » Depuis l’invasion de l’Ukraine, en 2022, il donne dans la résipiscence. Lors d’un forum du Figaro, le 20 juillet 2023, il confie qu’il voyait en Vladimir Poutine « un rédempteur, une incarnation de la contestation de toutes les mutations modernes, cybernétiques, progressistes que l’Europe américanisée était en train de vivre ». Il conclut : « Je me suis trompé beaucoup. »

Alliage complexe

Tout cela ne freine en rien le phénomène de librairie, depuis son arrivée chez Gallimard, dans la prestigieuse collection Blanche, en 2011. Cinq cent mille exemplaires pour La Panthère des neiges, prix Renaudot, livre le plus vendu de 2019, mieux que la moyenne des Goncourt ou que les romans de Michel Houellebecq. Son dernier opus, Avec les fées (Editions des Equateurs), sorti le 10 janvier, caracole en tête des ventes à côté de romances.

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