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Histoires Web samedi, mai 18
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L’amour fou porte un nom : celui de Fanny Ardant. La comédienne revient au théâtre après quatre ans d’absence, pour y renouer avec les affres d’une passion extrême. On l’avait quittée irradiée par les mots de Marguerite Duras (Hiroshima mon amour, en 2019), on la retrouve en héroïne endeuillée dans ceux, moins fulgurants, de Laurence Plazenet, dont l’adaptation du roman-fleuve, La Blessure et la soif (Gallimard, 2009) est mise en scène par Catherine Schaub au Studio Marigny.

Dans la salle perchée en altitude, face au plateau recouvert d’étoffes et que domine, de toute sa hauteur, une étroite meurtrière ajourée, pas un siège n’est vacant. Le public vient admirer la star. On le comprend. Qui, mieux que l’incandescente « Femme d’à côté », si bien filmée par François Truffaut, pour dire le dérèglement des sens, l’embrasement du désir, la perte de soi dans l’autre, la reddition de la raison ? Lorsque Fanny Ardant murmure, au fil d’un monologue qu’elle habite autant qu’il lui colle à la peau, cette réplique culte inspirée du Dernier Métro : « Te voir est une joie et une souffrance », la salle frémit.

Cheveux dénoués et robe longue bleue satinée, l’actrice reste donc l’ardente Ardant de bout en bout, même si son rôle embrasse le fatal destin de Mme de Clermont, épouse et mère de quatre enfants qui s’abandonne à une liaison adultère dans les bras de M. de La Tour, neveu de son mari.

Pénombre mystique

Rivée au cœur d’un XVIIe siècle qui a vu naître la Fronde, le jansénisme et le couvent de Port-Royal, l’histoire se déroule sur une quinzaine d’années. Le temps que mettront les amants illicites pour s’avouer leur attirance, s’y consumer, puis se séparer. Le temps qu’il faudra à l’homme pour tenter de se ressaisir en fuyant sa maîtresse, avant de revenir expier sa faute entre les murs du monastère où elle le rejoint, et le perd pour de bon. Une seule issue à leur union : la mort. Il trépasse, elle se suicide. Dieu, qui règne sur l’époque et dicte aux âmes leurs conduites, ce Dieu tout-puissant, que l’héroïne défie ou implore, ne saurait empêcher leurs retrouvailles dans l’au-delà.

C’est sur ce vœu que s’achève un spectacle drapé dans une pénombre mystique où la parole prise arrive d’un monde révolu, quand la chair ne pouvait exulter qu’au prix de tourments intérieurs inouïs. Un monde si désuet qu’il se conjugue, sur scène, le plus souvent au subjonctif. Ce temps-là, passé de mode dans les théâtres qui lui préfèrent des adresses plus directes et moins vaporeuses, renaît en majesté grâce à la voix ensorceleuse de Fanny Ardant. Assise sur un lit − à moins qu’il ne s’agisse d’un linceul −, agenouillée devant un prie-Dieu, arpentant l’espace, ses bras étirés en croix, ses paumes offertes ou ses poings serrés, elle étire les voyelles jusqu’à leur dernier souffle et métamorphose sa partition textuelle en un chant hypnotique.

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