Meilleures Actions
Histoires Web samedi, mars 2
Bulletin

Le cliché date du 18 novembre 2023. Un homme est agenouillé, les mains menottées dans le dos, encadré par deux policiers, des gaillards encagoulés posant à ses côtés dans un salon luxueux d’Istanbul. Le prisonnier s’appelle Nenad Petrak – ou plutôt Nenat Çelik, depuis ce jour de décembre 2022 où il a obtenu la citoyenneté turque grâce à l’achat d’un appartement d’une valeur de 250 000 dollars, montant minimal à investir dans l’immobilier à l’époque, selon la loi de naturalisation en vigueur en Turquie.

Fort de sa nouvelle nationalité, d’une lettre de son prénom modifiée et d’un patronyme turquisé, il a vécu, pendant près d’un an, une existence que l’on imagine confortable, sur les rives du Bosphore. Considéré comme l’un des barons de la drogue croate, Nenad Petrak importait de la cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Europe. Un trafic qui, de source policière, lui aurait rapporté plus de 27 millions d’euros par mois, en 2020.

Ses sbires avaient la particularité d’être d’anciens boxeurs – lui-même possédait une salle de boxe à Zagreb. L’homme était d’ailleurs depuis longtemps recherché par la Croatie et par l’Allemagne pour violences et tentatives de meurtre, avant qu’Interpol ne finisse par émettre une notice rouge le concernant. L’arrestation du mafieux croate est le résultat d’une opération soutenue par Europol, impliquant les autorités judiciaires croates et allemandes.

Alors, quand les dirigeants turcs ont diffusé les images de son arrestation, plusieurs médias se sont interrogés sur la facilité avec laquelle une telle figure du banditisme avait pu s’installer dans le pays et obtenir des papiers turcs en règle, malgré l’exigence d’un casier judiciaire vierge, le système de reconnaissance faciale, l’enregistrement des empreintes digitales, que requiert une demande de naturalisation. Des protections dont aurait bénéficié le suspect en haut lieu ont été évoquées, mais aucune enquête n’a encore été ouverte sur d’éventuelles complicités. Et sa nationalité turque exclut de facto toute extradition.

Capture d’écran d’une vidéo de l’arrestation du baron de la drogue, Nenad Petrak, à Istanbul, diffusée le 23 novembre 2023 sur la chaîne YouTube d’Interpol.

Depuis, presque chaque jour, les médias se font l’écho de saisies et d’opérations policières spectaculaires, laissant entrevoir à quel point le pays est devenu un sanctuaire pour des barons de la drogue originaires du monde entier. Le groupe criminel Comanchero, installé en Australie, soupçonné de trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent, a essuyé un sérieux revers avec la capture, à Istanbul, de Maximilian Rivkin, suédois d’origine serbe, et de Hakan Ayik, binational turco-australien – le premier ayant acquis la nationalité turque en achetant deux appartements au second. Christijan Palic, chef du cartel de la drogue dit « de l’aile des Balkans occidentaux », a été mis sous les verrous après une opération des forces spéciales, dans le quartier stambouliote de Besiktas.

Il vous reste 90% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
© 2024 Mahalsa France. Tous droits réservés.