« Mademoiselle, voulez-vous faire du cinéma ? » Cette question, Simone Signoret, alors élève au lycée Pasteur, à Neuilly, au milieu des années 1930, rêve qu’on la lui pose. Après tout, c’est ainsi qu’avait commencé la carrière d’une de ses copines de classe, Rosita Luchaire, que tout le monde surnommait « Zizi ». Elle avait quitté l’établissement en 1935, peu avant la fin de la 3ᵉ, expliquant à ses camarades qu’elle allait devenir actrice, provoquant ricanements et haussements d’épaules.
Lorsque Simone Signoret se rend, en février 1938, au cinéma pour découvrir Prison sans barreaux, de Léonide Moguy, la future vedette des Diaboliques réalise que « Zizi » est devenue Corinne Luchaire. « La révélation de l’année, comme tous les journaux l’écrivirent, et c’était vrai, raconte l’actrice dans La nostalgie n’est plus ce qu’elle était (Seuil, 1976). On alla même en groupe jusqu’aux Champs-Elysées pour vérifier. On ne haussait plus du tout les épaules. On était drôlement épatées. »
Simone Signoret reverra au moins une fois Corinne Luchaire, en juin 1938, à l’occasion d’une fête au lycée Pasteur. Sa carrière a pris une nouvelle dimension. Au triomphe de Prison sans barreaux a succédé, la même année, celui de sa version anglaise, Prison Without Bars, réalisée par Brian Desmond Hurst, puis Conflit, de Léonide Moguy.
A cette soirée au lycée Pasteur, elle porte une robe décolletée de velours bleu nuit à très minces bretelles de satin et une cape de renard blanc. A peine Simone Signoret aperçue, elle l’embrasse de toutes ses forces, remarquant sa robe de mousseline blanche confectionnée par sa mère. « Tu as de la chance, moi je suis obligée d’aller chez les grands couturiers », confie Corinne Luchaire à son ancienne camarade, avant d’avaler une coupe de mousseux et de repartir en compagnie de trois grands gaillards.
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