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La déflagration des massacres du 7 octobre 2023 et le carnage à Gaza qui s’est ensuivi, toujours en cours à cet instant, ont tiré de l’oubli, ou plutôt du désintérêt, un conflit dont la litanie des morts s’insère régulièrement dans notre quotidien. La double tragédie a ravivé les brouillages dont il ne cesse de pâtir : les accusations croisées de mémoire hémiplégique et d’émotion sélective, ou bien un campisme pour lequel il ne sert qu’à désigner l’adversaire, voire l’ennemi. C’est dans ce contexte particulièrement pesant que paraît le dernier livre de l’historien et arabisant Jean-Pierre Filiu, aboutissement d’un projet de mise au clair lancé bien avant le 7 octobre.

Cet ouvrage ne se distingue pas seulement par sa capacité à ramasser dans son titre, Comment la Palestine fut perdue et pourquoi Israël n’a pas gagné(Seuil, 432 pages, 24 euros) les deux propositions qu’entend défendre son auteur, par ailleurs chroniqueur des désordres moyen-orientaux pour Le Monde.

Ce conflit qui s’étend sur trois siècles a nourri un très riche matériau historiographique composé des meilleures sommes universitaires (on pense ici à la monumentale Question de Palestine, d’Henry Laurens, Fayard, cinq tomes), mais également de nombreux récits de témoins, qu’ils aient été responsables politiques, diplomates ou journalistes. Le parti pris de Jean-Pierre Filiu est de mettre en miroir deux dynamiques, celles du vainqueur et du vaincu à ce point du conflit, en dégageant à chaque fois trois facteurs jugés déterminants dans leurs sorts respectifs.

Puissance d’un sionisme chrétien

Ce pari est tenu avec virtuosité, notamment parce qu’il s’affranchit des bornes et des frontières habituelles du conflit israélo-palestinien. Parmi les trois atouts israéliens distingués par Jean-Pierre Filiu, le premier est sans conteste le moins connu. Il s’agit de la puissance d’un sionisme chrétien porté par le royaume britannique autant que par la jeune république américaine. Fondé sur une eschatologie – étude des fins dernières de l’homme, de l’histoire et du monde – qui a précédé le grand œuvre de Theodor Herzl (1860-1904), ce sionisme chrétien est à l’origine de la formule trompeuse de « pays sans nation pour une nation sans pays » niant la réalité palestinienne qui a précipité un siècle d’affrontements.

Lire la dernière chronique de Jean-Pierre Filiu | Article réservé à nos abonnés Le moment irakien d’Israël

Que ce sionisme chrétien ait charrié dans son sillage un solide antisémitisme incarné par le pasteur controversé Robert Jeffress, choisi par l’administration de Donald Trump pour bénir l’ouverture de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, en 2018, ne relève qu’en apparence du paradoxe. Son eschatologie « dispensationaliste » pose comme préalable au retour du Christ la décimation des juifs après la restauration du royaume d’Israël sur la totalité de la Palestine, puis la conversion des survivants au christianisme.

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