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Histoires Web samedi, mars 2
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Cet après-midi du 9 janvier, dernière répétition salle Berlioz pour les Chœurs de l’Opéra de Paris. Le lendemain, sur le plateau de l’Opéra Bastille, aura lieu la première musicale de Beatrice di Tenda avec le chef d’orchestre Mark Wigglesworth, puis la première scénique avec le metteur en scène Peter Sellars. L’heure est aux derniers ajustements d’une partition rare, que beaucoup chantent pour la première fois : loin de la notoriété de Norma ou de celle de La Sonnambula, l’avant-dernier opéra de Vincenzo Bellini fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, du 9 février au 7 mars.

Bottes marron, jean et pull noirs, gilet matelassé passe-muraille, la cheffe de chœur, Ching-Lien Wu, crayon à papier à la main, s’est assise sur la haute chaise qui fait face au quart de cercle des pupitres vocaux – sopranos, altos, ténors et basses. A sa droite, le piano à queue joué par Philippe Reverchon a lancé l’introduction. « Voi signor ! Lasciar si presto » : les courtisans interceptent Filippo Visconti, pressé de quitter la riche assemblée qui honore sa femme, Beatrice di Tenda. Tous soutiennent la haine que le duc de Milan voue à la riche veuve épousée pour son pouvoir et ses biens. Le bras de Ching-Lien Wu s’immobilise : « Un tiers de volume en moins, et trois fois plus de texte ! », coupe-t-elle, lapidaire. On reprend. « Vous lui donnez raison, mais vous avez peur de lui », rappelle la cheffe, qui parle d’un son feutré comme de la laine mohair, juste avant « l’allegro paranoïaque qui fait claquer les consonnes » de la détestation. C’est désormais au tour des femmes : « On essaie de remonter le moral de la patronne ! », lance Ching-Lien Wu, alors que Beatrice, entourée de ses suivantes, se lamente sur le malheur d’une union honnie, pressentant déjà la fin tragique qui l’attend. Deux heures durant, le chœur conduira l’intrigue, instruisant le complot et le procès en adultère, avant la décapitation sous le glaive du bourreau.

Parcours sans faute

Ching-Lien Wu possède une méthode de travail qu’apprécie particulièrement la pianiste et cheffe de chant Corine Durous : un équilibre subtil entre musique et dramaturgie. Les deux femmes se sont rencontrées en septembre 2021 autour de l’Œdipe d’Enesco. « Certains chefs de chœur sont plus proches de la partition, d’autres du théâtre, précise-t-elle, mais Ching-Lien Wu conjugue les deux : une extrême précision sur le plan musical (rythme, nuances, intonation) et le respect absolu du texte (articulation, couleurs, phrasés). » La Taïwanaise est arrivée à l’Opéra de Paris en avril 2021. Le fait d’être la première femme de l’histoire à ce poste importe peu à ses yeux, même si elle comprend la surprise provoquée lors de sa première apparition publique, au moment des saluts, silhouette gracile au centre d’un imposant groupe de chanteurs.

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