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Même les futurs champions d’haltérophilie des Jeux olympiques de Paris auraient du mal à se mesurer à pareil insecte. Le bousier, tel Sisyphe, parvient à rouler et à porter une boule d’excrément pesant sept fois son poids, sans se décourager. Cette espèce, baptisée, vous l’aurez deviné, Sisyphus schaefferi, fait l’objet d’une étude originale publiée le 17 janvier dans la revue Proceedings of the Royal Society B. L’équipe de chercheurs suédois et sud-africains emmenée par la biologiste Claudia Tocco (université de Lund) a décrypté la coopération entre mâles et femelles pour amener leur précieux butin en lieu sûr.

Cette boule de bouse leur servira, une fois cachée, à se nourrir et à protéger les œufs qui y seront pondus. Mais, contrairement à ce que l’on pensait depuis le pionnier français de l’entomologie Jean-Henri Fabre (1823-1915), qui le premier avait décrit ces spectaculaires efforts conjugués, s’ils s’y mettent bien à deux, ce n’est pas la femelle qui tire la pelote et le mâle qui pousse.

Ce qui a aiguisé la curiosité de Claudia Tocco, c’est que la coopération mise en œuvre par ces couples d’insectes, de la famille des scarabées, est unique. Contrairement aux fourmis, par exemple, qui peuvent se mettre à plusieurs pour rapporter des aliments plus lourds qu’elles à leur nid, « le couple de Sisyphus préfère faire rouler sa boule vers une destination inconnue jusqu’à ce qu’il trouve un terrain propice pour l’enterrer », écrivent les biologistes.

Si les fourmis tirent à hue et à dia, cela ne les empêche pas de parvenir à leur fin puisqu’elles partagent un même objectif défini à l’avance. Sans objectif prédéfini, les bousiers ne peuvent se permettre une chorégraphie aussi désordonnée. Leurs mouvements sont ainsi parfaitement coordonnés. Alors même qu’ils ne se voient pas, chacun étant caché par la boule.

Une route parfaitement rectiligne

Dans la répartition des rôles, le mâle est donc à l’avant, juché sur ses pattes arrière, il marche à reculons en faisant rouler cet amas de déjections de ruminants grâce à ses pattes de devant. De l’autre côté, la femelle prend au contraire ses appuis au sol sur ses pattes avant, la tête en bas, et pousse la sphère odorante de ses pattes arrière. Dans ces positions inconfortables, le couple trace une route parfaitement rectiligne malgré les nombreux obstacles qu’il doit surmonter dans la forêt sud-africaine.

Si, sur la bouse, ce chantier sur lequel ils construisent leur boule d’excrément, une compétition entre coléoptères peut exister, chacun part ensuite dans sa direction. La ligne droite suivie permet en effet d’éviter la concurrence pour la nourriture et les sites de nidification.

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