Un superbe lac aux eaux turquoise, des ruelles médiévales, une plage de galets blancs, les Alpes provençales en arrière-plan : à quelques kilomètres des gorges du Verdon, le village de Sainte-Croix-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) attire chaque été des milliers de vacanciers. Mais, cette année, la frénésie habituelle a cédé la place à une ambiance plus calme. En cette fin d’août, la plage est clairsemée, les places de parking se trouvent aisément. « Cet été, dans les communes autour du lac, la fréquentation a chuté d’environ 20 %, et les touristes qui viennent dépensent moins. Les chiffres d’affaires ont baissé jusqu’à 30 % », évoque Bruno Bourjac, maire (sans étiquette, divers droite) de Sainte-Croix-du-Verdon, une commune qui vit essentiellement du tourisme. Lui y voit un problème de pouvoir d’achat, qui s’accentue depuis trois ans : « On est une destination avec une clientèle de familles, avec peu d’offres haut de gamme. Donc on souffre particulièrement, d’autant qu’on est concurrencés par des destinations pas chères – le Maroc, la Croatie. »
Le long des berges ensoleillées, les catamarans, les kayaks et les paddles attendent les clients – par rapport à 2024, les stages de voile et les locations sont en recul de 20 %, explique, dans sa guérite, Thierry Louyat, responsable de la base nautique de l’Association voile et nautisme. « Le nautisme n’est pas une priorité quand on a un budget contraint. Ici, les gens peuvent aussi faire de la randonnée, cela ne coûte rien. Et puis, beaucoup ne louent plus, car ils viennent avec leurs kayaks ou leurs paddles gonflables », remarque-t-il. A côté, le snack de la plage, qui vend des paninis et des crêpes à des prix abordables, n’a pas fait une mauvaise saison. Il faut dire que son concurrent a fermé cette année. « Mais, par rapport à 2024, le ticket moyen est plus faible », observe la patronne, Pascale (qui n’a pas souhaité donner son nom de famille).
L’été 2025 annonce-t-il un tournant dans l’économie touristique française ? Comme le montrent les premières données de Flux Vision d’Orange, qui analyse les réseaux de téléphonie mobile, les déplacements des Français se sont globalement maintenus, avec quelques variations régionales – la moitié nord a bénéficié d’une meilleure météo qu’en 2024. Il faut dire que le tourisme tricolore est porté par la puissance et l’inertie de l’hébergement « non marchand » : les séjours en famille, chez des amis ou dans des résidences secondaires comptent pour plus de la moitié des nuitées des vacanciers. Aussi, en cette période de tensions sur le pouvoir d’achat, consécutive à trois années d’inflation, c’est la baisse des dépenses sur les lieux de vacances, et les nouveaux arbitrages, qui donnent le ton.
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