LA LISTE DE LA MATINALE

Nous les utilisons cent fois par jour, elles sont à la fois les parures, les fanfreluches de la langue et le casse-tête des traducteurs : les linguistes les appellent « expressions idiomatiques », parce qu’elles sont spécifiques à chaque idiome. Essayez donc de traduire en anglais « les bras m’en tombent » (my arms are falling down), votre interlocuteur anglo-saxon ouvrira des yeux « grands comme des soucoupes » ! Il pensera que vous avez « une araignée au plafond », sauf que chez lui cela se dit « une chauve-souris dans le clocher ».

Certaines expressions françaises sont si anciennes que nous avons oublié ce qu’elles signifient. Plongée dans l’univers mystérieux de mots qui font voyager dans le temps.

Faire bonne chère

Même si « faire bonne chère » est synonyme de se régaler d’un plantureux repas, côté orthographe, l’expression, contrairement à ce qui semblerait couler de source, ne s’écrit pas comme dans « chair à pâté » ou « chair à saucisse », mais comme dans « chère amie » ou « chère madame ». Pourquoi ? Cette locution, qui remonte au XIVe siècle, est basée non sur l’adjectif « chère », issu du latin carus (« chéri, aimé », « précieux, coûteux »), mais sur le nom « chère », du latin cara, désignant le visage, et qui ne subsiste en français actuel que dans cette acception. « Faire bonne chère », c’était donc à l’origine faire bon visage, bonne figure, accueillir avec le sourire. On pouvait d’ailleurs « faire mauvaise chère » à l’importun venu frapper à l’huis.

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