Nous vivons depuis plusieurs semaines un moment de brutalisation et d’accélération qui fait s’effondrer toutes nos certitudes d’hier. Trois bouleversements majeurs s’entrelacent : le dérèglement climatique, qui se poursuit avec une force implacable, même si nous n’en parlons presque plus ; la révolution de l’intelligence artificielle (IA), qui transforme nos économies et nos sociétés à une vitesse que nous peinons encore à saisir ; la dislocation géopolitique, avec le désengagement américain de l’Alliance atlantique en pleine guerre d’Ukraine, qui menace notre sécurité et met à nu notre impuissance.
Face à ces nouvelles réalités, la classe politique, française comme européenne, semble à la fois tétanisée et indifférente. Tétanisée comme un lapin figé dans les phares d’une voiture, elle est incapable de bouger, de réagir, d’agir. L’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a eu raison d’exhorter les parlementaires européens en ces termes le 18 février : « Je ne sais pas exactement ce qu’il faut faire… mais faites quelque chose ! »
Indifférente, la classe politique somnole, inconsciente du précipice qui s’ouvre sous ses pas. Alors que le climat se détraque, que l’IA galope, que la guerre gronde à nos portes, nos dirigeants débattent de réformes minuscules ou de postures de congrès. Parmi les textes inscrits à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale française, le 6 mars, on trouve une proposition de loi créant un cadre d’emploi pour le personnel de santé, des services d’incendie et de secours, une proposition de loi instaurant une contravention pour les vignerons qui laissent pousser des vignes non cultivées ou encore une proposition de loi visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique. Le Parlement français n’a-t-il pas mieux à faire ?
Reprendre le flambeau
« Au milieu de chaque crise se trouve une opportunité », aurait déclaré le physicien Albert Einstein (1879-1955). La polycrise que nous traversons offre donc de multiples opportunités, à condition de choisir résolument l’action – contre la tétanie, contre l’indifférence.
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