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FRANCE CULTURE – À LA DEMANDE – PODCAST

Délice des jours chômés et magie de la radio : fouiller dans les profondeurs de France Culture et tomber sur cette « Expérience » de 2020 – la case documentaire et écriture sonore d’Aurélie Charon.

Soit donc une heure d’écoute consacrée à ce vers de douze pieds nommé « alexandrin ». Ouvrez vos oreilles en grand, c’est vraiment réjouissant. Tant parce qu’il est fort agréable d’entendre dire du Corneille (« Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir ») et plus encore du Racine que parce qu’il est plus qu’amusant de constater combien l’alexandrin est d’usage courant : du « Attention à la marche en descendant du train » de la RATP aux injonctions, en plein confinement, d’Olivier Véran, alors ministre de la santé.

Bref, en un mot comme en cent, Olivier Chaumelle nous offre une singulière tout autant qu’instructive promenade dans la langue française.

Douze harmonieux

Car pourquoi l’alexandrin s’impose-t-il ? Sans doute ce douze, si parfait, lui confère-t-il cette place de choix. « Beaucoup d’éléments de nos existences vont encore par douze, dans notre univers décimal. Douze est un nombre harmonieux, divisible par deux, trois, quatre, six, est-il ainsi rappelé. Souvenez-vous, il y avait 12 pence dans 1 shilling, les œufs et les escargots sont encore vendus par douze, nous achetons les couverts et la vaisselle par lots de douze pièces. »

Et c’est ainsi, et bien que souvent sans nous en rendre compte, que nous parlons tous en alexandrins. Même les commentateurs de foot (archive RMC) : « Le ballon est sorti, le ballon est perdu. » Même (et beaucoup) les membres du gouvernement : « L’angoisse de perdre un proche, l’angoisse du confinement » ; « Restez chez vous, tout déplacement est interdit ».

Est-ce son balancement si doux aux oreilles, avec son rythme en deux fois six, qui le rend si populaire ? Sans doute, comme le rappellent ici les professeurs de littérature Jean-Michel Gouvard, Jean-Marc Hovasse et Henri Scepi, l’historien des formes poétiques Alain Chevrier et Julia de Gasquet, comédienne et maître de conférences à l’Institut d’études théâtrales de Sorbonne-Nouvelle.

Du code civil à Emmanuel Macron

Mais il ne faudrait pas oublier ce que Léo Ferré (1916-1993) disait : « Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes. » Sans compter avant lui Mallarmé (1842-1898) et son arme à treize coups : « Un coup de dé jamais n’abolira le hasard. » Le poète abolira ainsi le grand vers du XVIIe siècle par « lassitude de la cadence nationale ».

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Mais avant ce trait d’historique humour mallarméen, les professeurs suscités nous auront fait le coup – et c’est heureux – de Ronsard et consorts. Du code civil, largement écrit en alexandrins. De Victor Hugo, évidemment : « J’ai jeté le vers noble aux chiens noirs de la prose » (dans Les Contemplations). C’est à la mort du grand homme que basculement il y eut et que d’alexandrin point.

A moins que Rimbaud et certains rappeurs des années 1980 ne redonnent aux douze pieds un second souffle. Souffle qu’Emmanuel Marcon tentera de faire revivre en pleine épidémie de Covid-19 avec cette tirade culte : « Je partage avec vous ce que nous ne savons pas. » Mais il suffit : écoutons plutôt, et faisons cet aveu : nous aurions pu écouter plus longuement encore.

« Célébration de l’alexandrin », un podcast « Expérience » d’Olivier Chaumelle, réalisé par Julie Beressi (Fr., 60 min).

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