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Histoires Web jeudi, février 27
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Alain Hubo n’a aucune envie de pleurnicher, ni la moindre intention de susciter la compassion. Assis à la grande table de la salle à manger de sa ferme de Tilly-Capelle, dans le Pas-de-Calais, large sourire aux lèvres, ce grand gaillard volubile prévient qu’il ne se bat pas pour lui, mais « surtout pour les autres, et pour faire avancer les choses ». Les pesticides lui ont infligé un cancer de la lymphe, qui lui a laissé des séquelles, mais la maladie n’est pas revenue le tourmenter depuis près de vingt ans ; à 64 ans, sa carrière d’agriculteur est derrière lui et son exploitation de 140 hectares a été reprise par ses deux fils.

Mais il n’en a pas tout à fait fini avec l’agriculture. Depuis l’automne, il est engagé dans un bras de fer avec la Mutuelle sociale agricole (MSA) pour obtenir la totalité des indemnisations prévues par la loi de 2020 pour les agriculteurs malades d’avoir utilisé des « phytos ». « Son combat est important, car environ 650 agriculteurs sont dans la même situation, explique Antoine Lambert, le président de l’association Phyto-Victimes, qui le soutient. Si Alain gagne, cela permettra aux autres d’avoir accès à leurs droits. »

Son histoire, il la raconte sans pathos et sans amertume, comme le résultat d’une sorte de fatalité. Ce qui le choque et le met en colère n’est pas tant la maladie qui plane sur sa vie depuis le mois de décembre 1995, ni ses causes, que la mesquinerie bureaucratique qui lui refuse une réparation. « En 2020, la création du fonds d’indemnisation des victimes des pesticides [FIVP] a ouvert des droits à des indemnités complémentaires pour les agriculteurs reconnus en maladie professionnelle, explique Hermine Baron, son avocate. Mais ceux qui doivent en être bénéficiaires n’en ont pas été informés par leur caisse : lorsque Alain Hubo a compris qu’il avait droit à ce complément de revenus, la MSA a refusé de lui verser tous les arriérés, ce que nous contestons. » Le tribunal judiciaire d’Arras lui a donné raison, le 5 novembre 2024, mais la MSA a annoncé faire appel du jugement – le bras de fer se poursuit, et de plus belle depuis l’ouverture du Salon international de l’agriculture. Contactée, la MSA affirme ne pas commenter une affaire en cours.

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