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Depuis quelques jours, la teinte si chère aux Ivoiriens a pris une autre signification. L’orange est devenu, le temps d’un match, la couleur de l’espoir « et de la résurrection », murmure Eugénie Deman, 26 ans, guide à Notre-Dame-de-la-Paix à Yamoussoukro, l’immense basilique qui se dresse au milieu de la capitale administrative, symbole de la puissance du pays – elle est le plus large édifice chrétien du monde.

Pour cette jeune femme presque aussi silencieuse que la majestueuse nef, la qualification inespérée de la Côte d’Ivoire en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) – qui affronte le Sénégal lundi 29 janvier – ne peut être qu’un signe du Tout-Puissant. Car les Eléphants auraient pu rejoindre l’Algérie, le Ghana ou encore la Tunisie au cimetière des favoris déchus d’un tournoi aussi relevé que renversant.

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Lors de la phase des poules, la Côte d’Ivoire s’est noyée sur la pelouse du stade Alassane-Ouattara d’Ebimpé devant son public désemparé. Le revers humiliant face à la Guinée équatoriale (0-4) a laissé les joueurs en larmes et obligé le sélectionneur français Jean-Louis Gasset, 70 ans, à quitter son poste alors même qu’il restait une chance de passer.

Il a fallu compter sur la victoire du Maroc face à la Zambie (0-1) pour être qualifié au tour suivant en étant tout de même le dernier des repêchés avec 3 points seulement (une victoire, deux défaites). « Cette victoire [du Maroc] m’a permis de remobiliser les joueurs, explique Emerse Faé, sélectionneur par intérim, qui était il y a encore quelques jours l’adjoint de M. Gasset. C’est une deuxième chance que Dieu nous donne. Sincèrement, on n’a pas le droit de ne pas jouer cette deuxième chance à fond. »

« Tout est possible »

Alors, Eugénie Deman voit en cette qualification une « grâce ». « S’il y a eu ce miracle d’avoir ressuscité, c’est que Dieu a un plan pour nous », assure-t-elle. Et quel est-il ? « La victoire jusqu’en finale. » A Yamoussoukro, l’Esprit saint souffle aussi fort que l’harmattan, vent chaud provenant du Sahara. Samedi 27 janvier, en début de soirée, les Eléphants se sont rendus, sans bruit, à la basilique « pour recevoir la bénédiction du prêtre », explique Armel Living qui travaille pour l’édifice religieux. « Ils sont arrivés un peu crispés et sont repartis soulagés, raconte-t-il. Le prêtre leur a dit : “Tout est possible.” C’est une citation biblique. »

Dans les travées de cette basilique démesurée, ce dimanche après-midi, veille du choc au stade Charles-Konan-Banny, quelques Ivoiriens viennent pour prier le Seigneur et « on en profite pour lui demander que notre équipe nationale triomphe », lance Alassane Ganame, un soudeur de 32 ans.

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« On a confiance en notre destin pour remporter une troisième CAN même si la tâche va être difficile », ajoute en souriant Kemoko Souamahoro, 46 ans, maillot des Eléphants sur le dos. C’est d’ailleurs ce qu’il va chuchoter au Très-Haut quand il se retrouvera sous la coupole. En balade avec son épouse et son bébé dans ce lieu sacré où flotte des drapeaux du Vatican, ce chauffeur n’est pourtant pas catholique. « Je suis musulman, je suis déjà allé à la mosquée ce matin, explique-t-il. J’ai demandé à Allah la paix en Côte d’Ivoire et qu’on remporte une troisième CAN. »

Dans cette capitale, on prie tous les dieux, on invoque les forces de la nature et on supplie les ancêtres de venir aider les Eléphants à terrasser les Lions de la Teranga, les tenants du titre. Certes inquiets, les Ivoiriens veulent garder la foi en leur équipe nationale. Il ne peut en être autrement : la confrontation entre ces deux géants du football africain a lieu sur la terre natale de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire. Ce ne peut être qu’un bon présage car, jusqu’ici, la sélection avait joué tous ces matchs à Ebimpé, non loin d’Abidjan. « On va demander au vieux père qu’il nous accompagne dans ce huitième, clame Angelo About, 33 ans, un amoureux de sa sélection. On va mater le Sénégal et fermer des bouches. » L’espoir fait vivre, mais fait-il gagner ?

« Une nouvelle compétition qui commence »

Armel Living, qui travaille pour la basilique, se dit « sceptique » : « Dieu n’est pas qu’ivoirien. » En effet, quel camp va-t-il choisir ?, se demande-t-il. Cet homme a croisé, à plusieurs reprises, Augustin Senghor, le président de la fédération sénégalaise de football à la messe le dimanche. En effet, les Lions sont installés à Yamoussoukro depuis le début de la Coupe d’Afrique.

Aliou Cissé, leur sélectionneur, est déterminé à continuer son parcours sans faute (trois victoires). « Les phases de groupes, c’est terminé, c’est une nouvelle compétition qui commence. Si par malheur ça se passait mal [contre la Côte d’Ivoire], tous ces lauriers, ces belles choses qu’on nous dit, ce serait le retour sur terre », a-t-il souligné en conférence de presse, la veille du match.

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Justement, dans ce genre de match où son adversaire a connu un traumatisme, comment celui-ci va-t-il se comporter ? Tout n’est que tactique ? Pour le coach des Lions, il faut aussi prendre en compte « la dimension spirituelle et mystique ». Il sait qu’« il y a une ambiance, une solidarité, des choses qui se passent au-delà du football », a-t-il averti. Il s’attend à jouer face à un public ivoirien en feu dans un trop petit stade (20 000 places). Alors, à la fin de la conférence de presse, Aliou Cissé a demandé en wolof que « le peuple sénégalais continue de prier pour cette équipe ».

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