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Un naufrage, un désastre, une humiliation. Devant son public, la Côte d’Ivoire a été corrigée par la Guinée équatoriale (4-0), lundi 22 janvier à Abidjan, pour son dernier match de poule en Coupe d’Afrique des nations (CAN). Cette cinglante défaite risque de priver le pays hôte des huitièmes de finale de « sa » compétition. Il revivrait alors le cauchemar de la dernière CAN qu’il a organisée, il y a quarante ans.

Ce n’est pas encore tout à fait perdu pour les Eléphants, à qui il reste de petites chances de poursuivre leur parcours. Les Ivoiriens, actuellement troisièmes du groupe A avec trois points, doivent espérer finir parmi les quatre meilleurs troisièmes, ce qui semble peu probable étant donné leur différence de buts négative (-3). Ils doivent attendre mercredi, et la fin des matchs de poules pour être fixés sur leur sort.

De nombreux supporteurs ne cachaient pas leur désillusion. « Je suis extrêmement déçu, déplore Yann Akoun, un des spectateurs qui avait pris place au stade Alassane-Ouattara d’Ebimpé. On voulait être fiers mais ce soir, nous avons honte. Cette CAN a de belles infrastructures et il y a vraiment une super ambiance. Mais notre équipe n’est pas à la hauteur de l’événement. » « Cette défaite est impardonnable », tranche Armel Sialou, son maillot orange sur les épaules. Beaucoup pointent du doigt les choix tactiques de Jean-Louis Gasset, le sélectionneur Français des Ivoiriens qui, à 70 ans, faisait ses débuts à la tête d’une sélection africaine.

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Echauffourées

Sur la feuille de match, le Monpelliérain avait opéré quatre changements dans son onze de départ par rapport au précédent match, en donnant notamment sa chance à Oumar Diakité à droite. « Mais c’est un faux coaching ! », s’insurge Youssouf Dosso. « Notre équipe mérite mieux que ce triste spectacle, regrette Odile Kouao. Ce coach n’est pas en phase avec nos réalités. »

Des échauffourées ont éclaté à la sortie du stade dès le coup de sifflet final. Des panneaux publicitaires à l’effigie des joueurs ont été saccagés et plusieurs bus caillassés. Dans le centre-ville d’Abidjan, des supporteurs se sont également dirigés vers le siège de la Fédération ivoirienne de football (FIF) dans le quartier de Treichville et vers la maison Palmier, un hôtel de luxe du quartier de Cocody, où sont logés les joueurs. Vers 20 heures, le quartier avait été bouclé par les forces de l’ordre.

Un supporter ivoirien blessé lors du match entre la Guinée équatoriale et la Côte d’Ivoire, au stade olympique Alassane Ouattara à Ebimpe (Côte d’Ivoire), le 22 janvier 2024.

La Côte d’Ivoire a de quoi nourrir des regrets. Elle a souvent dominé mais manqué d’inspiration en milieu de terrain et de réalisme en attaque. Même s’ils ont écrasé la première période, c’est la Guinée équatoriale, en tête du groupe avec 7 points, qui a ouvert la marque sur l’une de ses seules incursions dans le camp adverse. La seconde période a été un festival d’occasions pour les Eléphants. Mais après un second but refusé pour hors-jeu, les Ivoiriens ont subi la redoutable efficacité des Equato-Guinéens.

Tout avait pourtant bien commencé pour le pays hôte. Lors du match d’ouverture, samedi 13 janvier, les Eléphants avaient ouvert le score dès la 4e minute de jeu contre la Guinée-Bissau. Après un second but, le peuple ivoirien les avait vus surpuissants, peut-être même invincibles. Mais cette victoire était un trompe-l’œil.

Jeudi 18 janvier face au Nigeria, les Eléphants ont piétiné leur football. Ces pachydermes-là n’avaient ni souffle, ni inspiration. Devant 50 000 supporteurs transcendés, ils se sont inclinés (1-0). Jean-Louis Gasset avait alors déploré que le Nigeria « refuse le jeu » et reconnu que ses joueurs n’avaient « pas donné l’impression de pouvoir rivaliser physiquement ». Le match face à la Guinée équatoriale le lui a confirmé.

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Bilan amer

Une élimination à ce niveau de la compétition serait un échec aussi sportif que politique. Le gouvernement a misé sur cet évènement : 1,37 milliard d’euros a été investi pour construire ou rénover six stades, bâtir des ponts, des routes, des hôtels, des « cités CAN »… Nommé en octobre, à seulement trois mois du lancement de la compétition, le premier ministre, Robert Beugré Mambé, s’était vu confier la mission d’organiser « la plus belle CAN de l’histoire », selon le président Alassane Ouattara. Le bilan est amer. « On n’avait pas l’équipe qu’il fallait, déplore Amadou Koné, ministre des transports et maire de Bouaké, une des villes hôtes de la CAN. Très peu de gens voyaient cette sélection prendre la coupe. Mais on a pensé qu’avec la ferveur populaire, elle aurait eu un soutien lui permettant de se transcender ». « On aurait pu gagner 5-0, lâche un proche du président Alassane Ouattara. Mais c’est la vie… Découragement n’est pas ivoirien. »

Les Equato-Guinéens célèbrent la victoire de leur équipe contre la Côte d’Ivoire, au stade olympique Alassane Ouattara à Ebimpe (Côte d’Ivoire), le 22 janvier 2024.
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La 34e Coupe d’Afrique des nations, relevée par le jeu qu’elle propose (il n’y a eu aucun 0-0 jusqu’à présent) et irréprochable ou presque sur le plan de l’organisation, n’est pas terminée. Mais après ce « match cauchemar », comme l’a répété Jean-Louis Gasset, elle pourrait ne plus être tout à fait la même. Si l’équipe du pays hôte est éliminée, le tournoi risque d’abandonner un peu de sa magie et sa douce saveur orangée.

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