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Sans faire de bruit, l’armée béninoise gonfle ses rangs pour mener à bien la lutte antidjihadiste. Quelque 3 500 nouvelles recrues chargées de contrer cette menace sont en cours de déploiement dans le nord du pays, selon plusieurs sources militaires. Pour relever l’objectif initial du gouvernement, qui avait annoncé en avril 2023 un recrutement exceptionnel de 5 000 Béninois, 1 500 autres soldats devront être embauchés et formés dans les mois à venir. Depuis les premières attaques en 2019, les autorités font état de 43 civils et 27 militaires tués. « Une centaine de terroristes » ont par ailleurs été neutralisés par les Forces armées béninoises (FAB), selon le porte-parole de l’armée, Ebenezer Honfoga.

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A l’instar du Togo, du Ghana et de la Côte d’Ivoire, le Bénin subit la pression de groupes djihadistes qui cherchent à étendre leur zone d’influence vers le golfe de Guinée. La majorité des attaques n’ont pas été revendiquées, mais la présence dans la région des combattants du groupe Etat islamique (EI) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) est attestée par de nombreuses sources.

Pour leur faire face, le gouvernement a misé sur le recrutement de jeunes de 18 à 30 ans, principalement originaires de l’Atakora et de l’Alibori, deux départements fortement exposés à la menace djihadiste. « Ils maîtrisent le terrain et parlent les langues locales. C’est aussi une bouffée d’oxygène pour des jeunes qui ont peu de possibilités d’insertion professionnelle », indique Oswald Padonou, professeur à l’Ecole nationale supérieure des armées de Porto-Novo. Ceux-ci ont reçu avant leur déploiement une formation militaire d’environ six mois sous la supervision d’« instructeurs béninois, américains, belges et français », selon Jeannine Ella Abatan, chercheuse à l’Institut d’études de sécurité (ISS).

Deux soldats tués par une bombe artisanale

Ce recrutement exceptionnel vise d’abord à soutenir l’opération « Mirador », lancée en 2022 par l’armée béninoise après l’attaque d’un poste militaire situé à la frontière avec le Burkina Faso. Composée de 3 000 hommes, l’opération antiterroriste est actuellement dirigée par le colonel Faizou Gomina, chef d’état-major adjoint à la garde nationale. Dans le même cadre, le Bénin avait annoncé la même année « sa volonté de retirer ses troupes déployées dans le cadre de l’opération de maintien de la paix des Nations unies au Mali », observe Juste Codjo, ancien officier supérieur des forces armées béninoises et professeur à la New Jersey City University : « Un retrait qui s’est achevé en décembre 2023. »

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Ce redéploiement militaire semble aujourd’hui porter ses fruits, puisque « l’ensemble du territoire est contrôlé par l’armée béninoise, même si certains groupes terroristes ont toujours une capacité de nuisance, notamment avec leurs engins explosifs », pointe Oswald Padonou. Deux soldats qui patrouillaient à moto dans la partie septentrionale du pays ont été tués le 13 décembre par l’explosion d’une bombe artisanale.

Toutefois, ceux qui mènent ces opérations contre des militaires béninois « ne sont pas tous des terroristes ; il y a aussi des trafiquants, des coupeurs de routes », précise l’analyste politique Afouda Vincent Agué : « Les communiqués de l’armée relatifs aux attaques évoquent d’ailleurs beaucoup plus des individus armés non identifiés que des djihadistes. » Comme dans les pays voisins, le combat antidjihadiste s’est accompagné d’une stigmatisation de la communauté peule, celle-ci ayant été particulièrement ciblée par les djihadistes dans leurs recrutements au Mali, au Burkina Faso et au Niger, sur fond de tensions entre agriculteurs et éleveurs nomades.

Des incursions dans les parcs nationaux

Pour désenclaver les départements les plus touchés par l’insécurité, l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (Abegief) a lancé une série de projets de développement, allant de « l’autonomisation des femmes au soutien à l’entrepreneuriat des jeunes », souligne Afouda Vincent Agué. Mais la stratégie du gouvernement reste toutefois essentiellement sécuritaire. Le président rwandais, Paul Kagame, dont la diplomatie militaire s’est déjà déployée en Centrafrique et au Mozambique, a ainsi affiché son intention de renforcer la coopération sécuritaire avec le Bénin lors de sa visite à Cotonou, en avril 2023. Un partenariat Sud-Sud qui n’a pas encore concrètement démarré, selon plusieurs sources.

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Par ailleurs, dans sa lutte contre l’extrémisme violent, le pouvoir en place communique peu sur ses actions sécuritaires. En dehors des communiqués officiels, il est difficile d’accéder à des données chiffrées sur les pertes civiles et militaires. « L’objectif du gouvernement est de rassurer l’opinion nationale et internationale, les investisseurs étrangers, et d’éviter ainsi une diminution du tourisme », analyse la politologue béninoise Nadia Nata.

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Ces dernières années, des groupes terroristes ont poursuivi leurs incursions dans les parcs nationaux du nord du pays, comme la réserve naturelle du W, d’une superficie de plus de 10 000 km2. A des dizaines de kilomètres au sud-ouest, le Pendjari Lodge, dans le parc national du même nom, est devenu une base militaire, protégée depuis 2020 par des soldats béninois et des rangers d’African Parks, une ONG sud-africaine.

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