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Histoires Web mercredi, avril 24
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Rien que de monter l’escalier de service de l’ancien garage, monumentale architecture de béton dont le quotidien Libération avait fait son siège historique, aujourd’hui en friche, dans le quartier République à Paris, le charme opère déjà. Invader, figure internationale du street art, une terminologie qui est apparue avec lui au tournant des années 2000, a le chic pour poétiser et rendre ludique notre rapport à l’espace urbain, que ses créatures, issues de l’univers du jeu vidéo, envahissent gaiement depuis déjà un quart de siècle. A chaque étage, des panneaux nous indiquent notre progression vers le plateau de départ comme si nous chargions progressivement un jeu.

En poussant la banale porte antifeu du 5e étage-plateau, les visiteurs-joueurs sont accueillis par une installation en son et lumière aussi inédite que délirante : une armée suspendue de grands plots de travaux blancs émerge de l’obscurité sur un air martial futuriste. « Obsession ou sens de l’observation aigu, il m’arrive souvent d’apercevoir des Space Invaders dans mon quotidien », annonce le premier cartel qui, comme les suivants, ponctue chaque étape avec les mots simples de l’artiste sur son univers et sa démarche. « Ready-made, arte povera » ? Au-delà des clins d’œil amusés à l’histoire de l’art, ces séparateurs routiers ressemblent aux aliens pixellisés et low-tech que l’artiste décline à l’envi. Et d’emblée, cette « Invader Space Station » embarque le réel dans la fiction artistique.

En 1998, Invader posait sa première mosaïque de petits carrelages dans une rue de Paris, documentant l’action d’une photo en gros plan et d’une autre, en plan large, de l’espace dans lequel elle s’insérait. Il perpétue depuis ce modus operandi, qui lui a permis au fil du temps de publier plans et catalogues de ses vagues d’invasion. La pose du 1 000e Space Invader parisien avait déjà été l’occasion d’une exposition dans un lieu atypique, en 2011, et celle du 4 000e à l’international avait été célébrée, en 2022, par l’invasion d’une ville à 4 000 mètres d’altitude, Potosi, en Bolivie, avec un film et un livre à la clé.

Paris principal terrain de jeu

En ce début 2024, l’artiste marque le coup de la 1 500e mosaïque parisienne par une expo XXL dans la moitié supérieure des quelque 3 500 mètres carrés du bâtiment. Une exposition immersive composée « sans soutien d’institution et en moins de six mois », précise l’artiste au Monde, à l’occasion d’un heureux concours de circonstances : le bâtiment à l’architecture de vaisseau spatial était libre avant sa transformation, et son propriétaire, amateur de son travail, le sollicitait pour rénover l’œuvre qu’il avait réalisée sur le toit-terrasse en 2011, lorsqu’il avait « envahi » Libération en intervenant sur la typo d’un numéro comme sur les dalles carrées de la terrasse pour reproduire le logo du journal à sa façon.

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