Meilleures Actions
Histoires Web mercredi, avril 24
Bulletin

Il a longtemps été facile de prendre Lisandro Alonso pour une rockstar, voire le guitar hero putatif d’un groupe de heavy metal, avec sa longue toison noire ondulée, et le bouc ornant son menton. En mai 2023, après dix ans d’absence, on retrouvait le cinéaste argentin sur la Croisette, à Cannes, pour présenter Eureka, les cheveux courts, ratiboisés comme à la serpe. L’attitude, pourtant, n’avait pas changé, et il fallait voir le réalisateur se lancer à toute allure dans les allées du Théâtre Debussy, mains levées vers le public, pour monter sur scène comme pour un concert.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Cannes 2023 : « Eureka », Lisandro Alonso en chamane de la condition indigène

A 48 ans, Lisandro Alonso s’est affirmé comme l’une des figures phares du cinéma d’auteur argentin, un électron libre, imprévisible et impulsif, dont l’œuvre – six longs-métrages en vingt-deux ans – trace un sillon radical, métaphysique et planant. Révélé en 2001 avec La libertad, portrait hyperréaliste d’un bûcheron de la pampa aux mœurs frugales, son cinéma n’a cessé de se métamorphoser, de songes ethnographiques (Los muertos, 2004) en trips d’outre-monde (Liverpool, 2008), jusqu’à culminer avec le néo-western laconique Jauja, porté par Viggo Mortensen, en 2014.

Entre Jauja et Eureka, en salle le 28 février, une dizaine d’années se sont écoulées. Le cinéaste, joint par téléphone en pleine Berlinale, où il assure des fonctions de juré, s’en explique malgré une communication vacillante où sa voix, comme dans ses films, semble nous parvenir depuis d’étranges limbes grésillants. « Cela m’a d’abord pris trois ou quatre ans pour écrire le scénario, car je n’étais pas pressé, précise-t-il. Puis deux autres années pour rassembler les financements. Et puis la pandémie est arrivée, avec de nouveaux problèmes qui m’ont amené à restructurer l’équipe de production. Il a fallu s’organiser pour tourner dans plusieurs pays : au Portugal, en Espagne, au Mexique et puis aux Etats-Unis. Si Eureka m’a appris quelque chose, c’est que je ne veux plus attendre autant avant de tourner ! »

« Du côté des marges »

Eureka tresse un voyage transcendant autour de la condition autochtone, dont les films d’Alonso n’ont jamais manqué d’être peuplés. « Non parce que je serais un cinéaste “natif” qualifié pour les représenter, mais parce que j’ai toujours filmé du côté des marges, de la nature, le long des rivières où vivent les indigènes parfois depuis près de quatre cents ans» L’ambition du film est considérable : ressaisir quelque chose de cette condition en voguant à travers l’espace et le temps, le long du continent américain. « La principale “graine” est tirée du roman Méridien de sang, de Cormac McCarthy [1985], nous éclaire Alonso. J’y ai puisé cette sorte de poésie chaotique à base de sauts dimensionnels, de non-sens et de sentiment mystique. C’est de là qu’Eureka tire sa forme, mais je tenais aussi à ce que le film ait un angle réflexif. »

Il vous reste 58.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
© 2024 Mahalsa France. Tous droits réservés.